CONGRÈS INTERNATIONAL
"TOURISME SOUTENABLE EN MÉDITERRANÉE. LA
PARTICIPATION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE"
1. Présentation
2. Conclusions
3. Actes
du Congrès
CONCLUSIONS
Sant
Feliu de Guíxols, 22, 23 et 24 octobre 1998
Le Congrès
International "Tourisme Soutenable en
Méditerranée. La participation de la société
civile" constitue l'action qui conclut
le projet "MED Project ULIXES 21. Pour un
tourisme soutenable en Méditerranée",
dirigé par EcoMediterrània de Barcelone et avec
la participation de CLAPE-LR de Montpellier, APE
de Wilaya à Tétouan et ASMAPE de Rabat, toutes
elles membres du réseau d'ONG MED Forum. Il
s'agit d'un projet qui a compté avec le support
décidé de l'Union Européenne moyennant la DG
XI, de la région Languedoc-Roussillon et des
communautés autonomes de la Catalogne, des
Baléares et de l'Andalousie. Il a aussi compté
sur d'autres organismes et municipalités, en
particulier la Mairie de Sant Feliu de Guíxols,
siège de ce Congrès international. L'objectif
principal du Projet ULIXES 21 est d'informer et
sensibiliser tous les agents intervenant dans le
processus touristique sur l'importance
d'envisager un tourisme soutenable dans la
Méditerranée. C'est au cours de presque deux
années d'exécution de ce projet et en
particulier, au cours de ces trois journées de
travail et d'échanges d'expériences que la
réflexion a été portée sur le besoin d'une
implication beaucoup plus grande de la part de la
société civile méditerranéenne dans tout le
processus qui intéresse le tourisme et très
spécialement en ce qui concerne la planification
et la gestion des espaces touristiques.
Malgré la perte de premier rôle que détenait
la Méditerranée en tant que destination
touristique, face à l'affermissement des
nouvelles zones émergentes -le Caribe ou le
Pacifique, par exemple- ce bassin méditerranéen
continue à être le premier espace touristique
mondial et les futures prévisions visent à une
augmentation de la réception du flux touristique
international.
Depuis longtemps, il y a une perception négative
du tourisme en tant qu'activité source d'impacts
dangereux pour la société et le patrimoine
naturel et culturel. Le tourisme des masses est
certes, en grande partie, responsable des
problèmes sur l'environnement que souffre
actuellement la Méditerranée, ceux-ci dérivant
essentiellement d'une occupation intensive des
sols. Cependant, de tels problèmes ne sont pas
pires que ceux produits par d'autres activités
économiques qui se développent dans le littoral
méditerranéen, comme par exemple l'industrie.
Malgré l'évaluation négative de l'activité
touristique vis-à-vis des dommages que celle-ci
a pu causer sur l'environnement, cette activité
est de fait le meilleur enjeu visant à un
développement de la Méditerranée, dû à sa
capacité d'engendrer des ressources économiques
et de gérer et préserver les ressources
naturelles et culturelles, qui pourraient par
ailleurs progressivement se dégrader, voire
même arriver à disparaître.
La Méditerranée, en tant que mer et en tant
qu'ensemble de territoires qui l'entourent, est
un espace d'une richesse extraordinaire en
paysages et en cultures, résultat de l'action
antropique que l'être humain a mené au cours
des siècles. La Méditerranée a vu naître un
grand nombre de civilisations et ses eaux ont
permis des échanges qui ont affecté l'ordre
social et économique des populations riveraines.
Mais il ne faut pas oublier que, malheureusement,
la Méditerranée a aussi été trop souvent un
espace de discordes et de conflits. C'est avec un
tel bagage historique et le fait d'une certaine
fragilité qui caractérise ce domaine
géographique, qu'il est nécessaire de continuer
à travailler afin que la Méditerranée puisse
continuer à être un espace de coopération et
de développement dans lequel sa diversité
culturelle, environnementale et économique soit
sauvegardée.
Le tourisme, en tant que principale activité
économique des zones littorales
méditerranéennes, a beaucoup à dire à ce
sujet. Pour s'acheminer dans la direction
proposée, il est fondamental que cette activité
puisse expérimenter des changements d'ordre
structurel de manière à devenir plus sensible
aux caractéristiques de chacun des espaces. En
prenant une telle direction, le tourisme devrait
s'approprier des considérations surgies lors du
Sommet de la Terre qui s'est tenu à Rio en 1992.
Ainsi, les concepts si discutés mais si cruciaux
comme l'est celui de "soutenabilité"
doivent occuper un lieu privilégié dans la
reformulation nécessaire que l'activité
touristique en général doit assouvir. Les
actions prioritaires à porter à terme afin de
parvenir à un tourisme soutenable dans la
Méditerranée, qui sont une synthèse de
l'ensemble des idées exposées lors de ces trois
journées de Congrès et que nous présentons à
titre de conclusions, sont les suivantes:
1.- Il existe une dépendance
de nombreux pays du bassin méditerranéen,
surtout de ceux provenant de la rive Sud et des
insulaires, vis-à-vis d'un tourisme impulsant
l'activité économique et le développement.
C'est pourquoi il est nécessaire de renforcer
les politiques et les projets ayant comme
objectif l'amélioration du tourisme et partant
des principes d'un développement soutenable.
Pour qu'un projet soit soutenable, il doit être
écologiquement acceptable, économiquement
viable, institutionnellement assumable et
socialement juste. L'ensemble de ces facteurs est
nécessaire, mais aucun d'entre eux n'est, par
lui-même, suffisant.
Afin de promouvoir la mise en pratique d'un
tourisme soutenable dans toute la Méditerranée,
il est nécessaire que les administrations
publiques, les organismes internationaux, les
sociétés, les experts et érudits, les ONG et
la société civile en général, chacun de leurs
domaines respectifs de participation sociale,
accélèrent ce progrès. Afin de faciliter
l'échange nécessaire d'information et
d'expériences dans ce domaine, un Forum de la
Méditerranée pour un tourisme soutenable est
proposé, et il pourrait s'incorporer aux
organismes internationaux créés à partir du
processus euroméditerranéen, comme par exemple
le Plan d'Action de la Méditerranée (PAM), issu
de la Convention de Barcelone, et dans lequel
seraient représentés au même niveau tous les
secteurs rattachés au tourisme, et très
spécialement, la société civile et les
administrations locales.
2.- Il existe dans la
Méditerranée de forts contrastes en ce qui
concerne la distribution spatiale de l'offre
touristique. Il en ressort ainsi une forte
concentration dans l'arc Nord-occidental du
bassin méditerranéen et, par contre, il existe
des vides importants dans le Sud et l'Est. Il
arrive de même à un niveau intrarégional. La
concentration linéaire et nucléaire s'explique
par la prépondérance du tourisme balnéaire
-soleil et plage-. C'est pour cela que le grand
enjeu pour la restructuration des espaces
touristiques du littoral méditerranéen se
matérialise dans l'articulation intégrée d'une
part, du patrimoine naturel et culturel des pays
vivant à l'écart et d'autre part, de
l'arrière-pays qui reste sous-évalué et
relégué à un rôle de subordination.
3.- La concentration linéaire
et la nucléarisation du littoral constituent des
phénomènes qui sont associés à une
urbanisation intensive, à une occupation du sol
sans discrimination et au maintien de grandes
réserves de sol à urbaniser. L'ensemble
favorise ce dénommé
"littoralisation", une tendance peu
souhaitable du point de vue de la soutenabilité
environnementale. C'est pourquoi il est
nécessaire d'éviter les masses, de freiner le
processus d'urbanisation et de concentration
touristique, en fixant des paramètres sur la
capacité de charge du territoire et en
établissant des contrôles des flux; tout cela
à partir de mesures "douces" -com par
exemple, l'écotaxe-, d'attraits fiscaux pour les
sociétés respectant l'environnement ou de plans
de qualité. Dans le but d'y parvenir le tourisme
doit être classé moyennant des critères de
soutenabilité.
4.- La frange littorale
rassemble des paysages très contrastés et une
grande diversité d'espèces animales et
végétales qui sont le résultat des conditions
environnementales particulières qui agissent
dans de tels lieux. Il est nécessaire de
développer des politiques spéciales de
protection de cette frange, puisque c'est cet
espace réduit et fragile qui souffre le plus des
impacts négatifs causés par le tourisme. La
littoralisation est en train de fragmenter
dangereusement la continuité originelle qui
existait entre les différents environnements
littoraux (zones de dunes, marécages, falaises,
fonds marins,...) devenant ainsi des îles aux
dimensions de plus en plus réduites. Ceci
implique une perte croissante de biodiversité,
concept qui ne peut être dissocié de celui de
soutenabilité. Il est fondamental d'adopter des
mesures de protection effective dans les deux
sens. Il s'agit, d'un côté, dimpulser
définitivement la création dAires
Spécialement Protégées d'Importance
Méditerranéenne (ASPIM), issues à la
Convention de Barcelone, et, d'un autre côté,
de déclarer dans le littoral, d'après les
différents domaines de compétences national,
régional voire local, des espaces protégés de
catégorie différente et dans un contexte
d'aménagement du territoire, tant des espaces
sans urbanisation comme de ceux préalablement
urbanisés. Ce dernier constitue un bon
instrument visant d'une part, à freiner le
processus des urbanisations, causant l'effet
barrière et d'autre part, à mettre en valeur
des espaces d'une grande singularité naturelle
et richesse écologique. La défense de la frange
littorale implique aussi de rendre compatible les
espaces mentionnés ci-dessus avec d'autres
fonctions relatives au loisirs, à la
divulgation, à la connaissance ou à
l'éducation de l'environnement, d'où la
nécessité de déraciner toute tentative de
privatisation ou d'appropriation de biens pour
des intérêts particuliers.
5.- L'homogénéisation et la
dégradation des espaces constitue un des
principaux problèmes structurels qui est causé
par le tourisme en masses. C'est pourquoi il est
nécessaire de diversifier et de différencier
les destinations touristiques tout en refusant la
standarisation, en promouvant les particularités
de chaque endroit et en restructurant l'offre de
soleil et plage existente, qui est et continuera
à être, nous ne pouvons pas l'oublier, une
pièce clé en ce qui concerne l'offre
touristique dans la Méditerranée. La nouvelle
offre doit impulser l'association entre culture,
nature, loisir et tourisme, de façon à ce que
le territoire devienne le protagoniste essentiel
de l'offre touristique. Maintenir les propres
formes de vie peut servir dans l'avenir comme
l'une des meilleures formules visant à
promouvoir la particularité touristique.
Afin de mener à terme ce changement de but, les
communautés locales doivent jouer un rôle
fondamental. Sans elles, il est très difficile
de réussir une planification visant à la
soutenabilité. Nous pensons que le
développement des Agenda 21 locales est le
meilleur instrument de participation de toute la
société civile en ce qui concerne
l'aménagement et la gestion du territoire. C'est
pour cela que les administrations à
léchelle des états et des régions
doivent mettre en oeuvre des programmes d'aide
technique et financière, de façon à ce que
toutes les administrations locales puissent
développer leur propre Agenda 21, à partir
d'une participation effective de tous les
secteurs impliqués, et en particulier de la
société civile organisée.
6.- L'offre touristique
conventionnelle de la Méditerranée est d'une
grande simplicité dualiste axée sur l'idée de
"logement = destination touristique".
C'est pour cela qu'il est nécessaire d'éviter
un tel réductionnisme en montrant d'une part,
qu'il faut mettre en valeur la destination en
offrant des produits touristiques intégrés
d'intérêt culturel et de qualité des paysages,
ouverts à la région et à la société, et en
incorporant les zones internes. D'autre part, il
faut éviter, en particulier, les
"localismes", la répétition du
dynamisme propre qui a eu des répercussions
négatives sur la première façade littorale
ainsi comme la création de complexes
touristiques fermés sur les côtes. Par
ailleurs, il faut que l'offre de logements soit
requalifiée, tout en promouvant le logement
touristique non massif, singulier, alternatif,
peu consommateur de ressources et intégré
davantage dans le territoire et la culture
locale.
7.- La soutenabilité est un
concept qui gagne du terrain quant à sa
popularité, mais pas en précision en ce qui
concerne sa définition. C'est à travers la
soutenabilité que l'on peut justifier une
politique et la nier en même temps. C'est donc
un terme facilement manipulable de la part
d'obscurs intérêts particuliers. En tout cas,
il ne faut pas oublier que la philosophie qui l'a
inspiré était celle de garantir l'exploitation
rationnelle des ressources naturelles de la part
des générations présentes sans pour cela
mettre en danger leur utilisation vis-à-vis des
générations futures. Dans le cas du tourisme,
il est prioritaire de refuser les politiques
erronées, qui sous une prétendue justification
d'améliorer la "qualité" de la
demande, impulsent des projets impliquant une
plus grande dégradation du paysage, tout en
utilisant les ressources sans considérer le
facteur limitatif de celles-ci (l'eau, par
exemple), ce qui favorise la pollution de la
frange littorale et la confrontation d'intérêts
avec d'autres secteurs économiques (agriculture
et pêche, par exemple), tel que l'on peut
observer avec le tourisme de golf et des ports de
plaisance. "Qualité", en termes de
soutenabilité, ne concerne pas le touriste
apportant de l'argent, sinon celui qui peut
démontrer activement son plus grand soin et
sensibilité envers l'environnement qui
l'entoure. Étiqueter tous les projets de
soutenables, c'est tomber, tout simplement, dans
un exercice de maquillage.
Il faut aussi refuser toute politique favorisant
le maintien d'un taux élevé d'employés et à
des salaires très bas, associée à des
campagnes de promotion qui captent des segments
de demandeurs en masse et moins solvables. La
concurrence des prix est un des maux principaux
du tourisme soutenable. Dans les deux cas, le
tourisme constitue une source d'impacts négatifs
sur la société et le patrimoine.
8.- Souvent, le manque
d'anticipation, relatif au développement
touristique, et d'intégration de l'offre cause
des impacts sur l'environnement et sur la
société, voire même celui-ci peut conduire à
des destructions irréversibles du patrimoine,
lorsque la qualité de ce dernier constitue la
principale ressource sur laquelle repose le
développement touristique. Ceci étant donné,
il est nécessaire que les états, les pouvoirs
publics locaux et l'initiative privée
recherchent des formules afin de faire intervenir
l'économie touristique dans la protection de
l'environnement, dans la réhabilitation des
paysages dégradés et dans la mise en valeur du
patrimoine, tout en favorisant finalement une
meilleure intégration et relation entre les
touristes, la population réceptrice et le
patrimoine. L'administration locale doit jouer le
rôle de "garantisseur" et de
médiateur entre les exigences des touristes et
les droits de la population locale. Le tourisme
met en relation dans un même espace des
collectivités très diverses, tant vis-à-vis de
leur typologie comme de leur provenance. La
sociodiversité constitue un autre point fort qui
est aussi fondamental comme l'est la
biodiversité. Il faut tirer profit du tourisme
en tant quengendreur de canaux à travers
lesquels on puisse ouvrir des routes d'échanges
et de coopération. L'essentiel reste, donc, dans
l'identification et la promotion de ce que permet
l'intégration du tourisme du point de vue de
développement soutenable.
9.- En Méditerranée,
excepté l'existence de déséquilibres du
territoire en ce qui concerne la localisation de
l'offre touristique, il existe aussi de forts
contrastes des flux touristiques dans le temps,
dû au fait que les saisons sont très
accentuées dans cette région. Le tout entraîne
le développement d'un travail saisonnier très
marqué, ce qui peut se traduire par un facteur
de précarisation sociale. C'est pour cette
raison qu'une des actions les plus importantes de
gestion et planification passe à travers la
restructuration temporaire des voyages, moyennant
l'adaptation de l'offre d'équipements et
produits touristiques afin de réduire l'aspect
saisonnier, tout en diffusant les avantages de
pouvoir visiter la Méditerranée dans les mois
de moindre afflux touristique. Le patrimoine
archéologique, urbain, artistique et naturel et
les douces températures en hiver ont un
potentiel énorme pour faciliter la
restructuration de l'offre. Dans ce contexte,
motiver de nouvelles formes de tourisme
(culturel, rural, pédestre, visant les parcs
naturels) et la réalisaton d'expositions,
festivals, foires-exposition, animation de
monuments, muséisation d'établissements
particuliers et l'ouverture de nouveaux musées
animés, sont des formules qui contribuent à
l'échelonnement de la fréquentation, lorsque
l'on adopte des mesures de soutenabilité qui
évitent la banalisation ou la dégradation des
bases naturelles que nous prétendons promouvoir.
Parallèlement, il faut qu'il existe des
échanges d'expériences quant à la
soutenabilité, entre les pays riverains, autant
dans un sens vertical quhorizontal, à
travers des projets de coopération, de manière
à ce que le tourisme puisse aussi contribuer à
réduire les disparités sociales et économiques
qui existent entre le Nord et le Sud de la
Méditerranée.
10.- Le tourisme dans la
Méditerranée est mené par les voyages
organisés en tant que leader. Il y a des pays
dans lesquels les trois-quarts des arrivées
touristiques internationales sont contrôlées
par les opérateurs touristiques. Étant donné
limportance dun tel facteur dans le
processus touristique, il faut lassocier de
telle façon que lon change de but, tant en
ce qui concerne la demande comme loffre, et
limpliquer de manière à ce quil
introduise des programmes déducation sur
lenvironnement dans ses publications, en
impulsant les séjours de longue durée au lieu
de ceux de courte durée dans ses offres, et en
sélectionnant les logements qui tâchent
dappliquer des mesures de soutenabilité.
Limage de promotion de la destination qui
est donnée à travers ces opérateurs
touristiques doit changer dans de nombreux cas et
le touriste potentiel doit se montrer plus actif
quant aux demandes quil adresse aux agents
intermédiaires. À mesure que le touriste exige
un changement, il changera le type doffre
et influencera, ainsi, le changement du dynamisme
préétabli. Il faut organiser des campagnes
telles que celle menée par le Projet Ulixes 21,
dirigées à sensibiliser le touriste pour que ce
dernier devienne exigeant quant à la demande
dun tourisme soutenable qui puisse modifier
le comportement prépondérant des facteurs qui
conditionnent loffre.
11.- Il arrive souvent que la
population locale reste véritablement en marge
de lévolution du processus touristique,
raison pour laquelle un plus grand niveau
dimplication économique et associative de
sa part savère nécessaire. La population
locale peut jouer un rôle important, direct ou
indirect, dans le secteur économique, moyennant
linvestissement de capitaux endogènes et
portant à terme un plus grand niveau de
formation et promotion professionnelle; dans les
domaines social et politique, en décidant sur le
futur de la commune et en sengageant tout
en bloquant les projets touristiques qui portent
atteinte à la préservation du patrimoine.
Lintervention de la société civile à un
niveau local devrait être associée à un
changement dattitude et à labandon
dactions qui ont très peu à voir avec les
critères de soutenabilité actuels. La
soutenabilité ne constitue pas un choix que
lactivité touristique fait de façon
optionnelle, mais le choix à faire. Il faut
essayer de rendre compatible le développement
touristique avec dautres activités
économiques, en particulier les traditionnelles
et artisanales (agriculture et pêche, par
exemple); bien plus, la population locale doit
essayer de rentabiliser de telles activités et
quelles deviennent des produits
touristiques. En définitive, la population
locale doit comprendre la diversification
économique en tant que valeur, puisque la
monofonctionnalité économique constitue un des
principaux dangers associés à la croissance
touristique.
Le tourisme soutenable nest pas équivalent
à une croissance zéro, sinon quil doit
être économiquement viable et socialement juste
quant à la redistribution des richesses
produites, afin quil ne puisse pas
entraîner une déstructuration sociale là oú
il sinstalle.
12.- Le tourisme, pour
quil devienne soutenable, réclame une
planification qui évite de le rendre accappareur
et déprédateur des ressources naturelles de son
environnement inmédiat (le sol, leau et
lénergie). Dun autre côté, le
tourisme doit être capable de partager ces
ressources naturelles avec dautres
activités précedentes qui se trouvaient déjà
installées sur ce territoire, comme
lagriculture. Le tourisme, en tant
quactivité économique, doit fermer les
cycles énergétiques et de ressources quil
altère. Dans cette fermeture, les mesures
préventives (réduction de déchets et de
polluants) doivent sassocier à
dautres de plus finalistes (dépollution
des eaux, gestion intégrée, reciclage,...). En
étroite relation avec cela, il faut impulser des
politiques associées à lutilisation du
transport public et à celles qui favorisent
lamélioration du réseau routier
préexistant, plutôt que den créer un
nouveau, susceptible de continuer les processus
de fragmentation du territoire.
13.- Le tourisme est un
phénomène qui intéresse tout le monde. Il est
donc nécessaire dexiger de la transparence
dans toutes les décisions qui le concernent, vue
limportance des répercussions à tous les
niveaux que cette activité a dans la
Méditerrannée. Il est fondamental que
linformation concernant le tourisme
devienne publique et que les ONG, en tant que
représentants de la société civile organisée,
puissent disposer de toutes les facilités afin
de participer dans la prise de décisions qui
touchent le secteur. Elles doivent aussi exiger
de détenir un rôle dégal à égal au
cours des forums de débat sur le tourisme en
Méditerranée, afin que leur planification et
gestion devienne véritablement un processus
participatif de lensemble de la société.
Il faut une "conspiration civique".
14.- Les ONG, les experts sur
le tourisme et les agents publics doivent
impulser à un niveau local, national et
international, des initiatives et des programmes
de sensibilisation et dinformation, dans la
ligne de "MED Project ULIXES 21", pour
un tourisme soutenable en Méditerranée, qui
influence léducation environnementale des
touristes, résidents, secteurs productifs et
ladministration. Ces programmes se trouvent
sujets à une aide institutionnelle et de tous
les autres agents qui interviennent dans le
processus touristique. Il sagit, en
définitive, de divulguer les valeurs de la
soutenabilité. Il conviendrait de favoriser et
de donner une continuité à des projets tels que
ULIXES 21 pour que ceux-ci puissent étendre
leurs activités à lensemble de la
Méditerranée et pour quils servent
dagglutinants dautres initiatives
locales et nationales, autour de la prise de
conscience et de la participation de la société
dans lapplication dun modèle de
tourisme soutenable dans cette région.
15.- La diffusion
dexemples et de bonnes pratiques de
tourisme soutenable, tant à un niveau étendu
comme focalisé, pour motiver leur implantation
à un niveau général, est un des objectifs à
poursuivre par lélaboration de projets
comme celui qui a permis la réalisation de ce
Congrès. Sa continuité permettrait
détablir un programme au niveau de
lensemble de la Méditerranée afin de
diffuser des exemples de tourisme soutenable.
Lexistence du Réseau MED Forum, dont font
partie les ONG qui ont réalisé le projet ULIXES
21, garantit le développement de cette
proposition, vue sa présence dans les pays de la
Méditerranée et dû à ses relations
internationales avec les ONG des pays émetteurs,
en particulier ceux de lUnion Européenne.
Ce Programme devrait compter sur un gran
retentissement qui se réaliserait avec divers
moyens (comme la page web de MED Forum).
16.- Le monde de
léducation, de la formation
professionnelle et les moyens de communication
doivent se montrer beaucoup plus sensibilisés
avec la problématique environnementale qui
dérive de lactivité touristique. En ce
qui concerne léducation et la formation
professionnelle, les programmes de formation des
différents établissements doivent montrer leur
prise de conscience vis-à-vis de cette
problématique et doivent les intégrer comme un
élément de plus dans leurs démarches de
formation des générations à venir, en
général, et de ceux qui auront une relation
directe avec le tourisme, en particulier. Cette
formation doit aussi comprendre les agents
politiques, qui doivent rénover leurs discours
et incorporer de nouveaux concepts comme ceux qui
ont été objet de discussion pour les appliquer,
dans le cadre de leurs possibilités, à une
échelle locale.
En ce qui concerne les moyens de communication,
ceux-ci constituent dexcellents diffuseurs
des espaces touristiques, ainsi comme des
externalités qui en dérivent et des
étouffements qui les tenaillent. Il convient
quils deviennent les principaux alliés de
la société civile dans leur demande de changer
le comportement des secteurs économiques, de
ladministration et du public en général,
afin davancer vers le modèle de tourisme
soutenable. Il faut quil y ait une
véritable complicité entre les moyens de
communication et la société civile afin
dimpulser limplantation dun
modèle touristique soutenable; ils peuvent aussi
sopposer à limage intéressée et
peu rigoureuse quoffrent certains agents,
comme le seraient les opérateurs touristiques et
certaines administrations. Les moyens de
communication ainsi que lorganisation de
congrès, comme celui qui vient de
sachever, doivent servir à promouvoir le
débat et la discussion autour des questions qui
concernent la bonne santé de notre littoral. Par
ailleurs, ils doivent servir à léchange
dexpériences et avoir un effet de levier
sur les futures initiatives.
17.- Le tourisme ne peut pas se
comprendre comme une activité économique qui
fonctionne en marge du reste et de forme
autonome. Bien au contraire, le tourisme dépend
dautres branches économiques qui
lapprovisionnent de biens et de services
(alimentation, transport, assurances, énergie,
technologie, bâtiment, ameublement, design,...).
Ainsi, toutes les actions visant à impulser la
soutenabilité de ce secteur, peuvent avoir un
effet multiplicateur sur dautres qui lui
sont subsidiaires. En tout cas, une entente est
nécessaire entre les différents secteurs
économiques dune zone touristique donnée
afin que lensemble des activités prennent
la même direction. Les inititatives isolées
réussissent rarement à cristalliser dans les
résultats espérés.
18.- Face à la situation
globale que traverse la Méditerranée, ce
nest pas la peine de se montrer
catastrophiste, mais réaliste vis-à-vis des
problèmes qui la concernent et des externalités
négatives qui dérivent du tourisme. La
Méditerranée est endommagée par de nombreuses
agressions qui lui causent une grave maladie,
mais en aucun cas elle est morte. Il est donc
indispensable darriver à un engagement
ferme de la part de tous ceux qui ont quelque
chose à dire à ce sujet, cest à dire,
TOUS. Chacun dentre nous est un agent et un
touriste potentiel. Cela équivaut à dire que
lapportation personnelle de chaque individu
peut contribuer à transformer le résultat
global des répercussions du tourisme sur
lenvironnement et à faire en sorte que la
Méditerranée se remette dune maladie
chronique qui la fouette depuis des décennies.
Sant
Feliu de Guíxols, 24 octobre 1998
Actes du Congrès
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