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Congres

CONGRÈS INTERNATIONAL "TOURISME SOUTENABLE EN MÉDITERRANÉE. LA PARTICIPATION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE"


1. Présentation
2. Conclusions
3. Actes du Congrès


CONCLUSIONS

Sant Feliu de Guíxols, 22, 23 et 24 octobre 1998

Le Congrès International "Tourisme Soutenable en Méditerranée. La participation de la société civile" constitue l'action qui conclut le projet "MED Project ULIXES 21. Pour un tourisme soutenable en Méditerranée", dirigé par EcoMediterrània de Barcelone et avec la participation de CLAPE-LR de Montpellier, APE de Wilaya à Tétouan et ASMAPE de Rabat, toutes elles membres du réseau d'ONG MED Forum. Il s'agit d'un projet qui a compté avec le support décidé de l'Union Européenne moyennant la DG XI, de la région Languedoc-Roussillon et des communautés autonomes de la Catalogne, des Baléares et de l'Andalousie. Il a aussi compté sur d'autres organismes et municipalités, en particulier la Mairie de Sant Feliu de Guíxols, siège de ce Congrès international. L'objectif principal du Projet ULIXES 21 est d'informer et sensibiliser tous les agents intervenant dans le processus touristique sur l'importance d'envisager un tourisme soutenable dans la Méditerranée. C'est au cours de presque deux années d'exécution de ce projet et en particulier, au cours de ces trois journées de travail et d'échanges d'expériences que la réflexion a été portée sur le besoin d'une implication beaucoup plus grande de la part de la société civile méditerranéenne dans tout le processus qui intéresse le tourisme et très spécialement en ce qui concerne la planification et la gestion des espaces touristiques.
Malgré la perte de premier rôle que détenait la Méditerranée en tant que destination touristique, face à l'affermissement des nouvelles zones émergentes -le Caribe ou le Pacifique, par exemple- ce bassin méditerranéen continue à être le premier espace touristique mondial et les futures prévisions visent à une augmentation de la réception du flux touristique international.
Depuis longtemps, il y a une perception négative du tourisme en tant qu'activité source d'impacts dangereux pour la société et le patrimoine naturel et culturel. Le tourisme des masses est certes, en grande partie, responsable des problèmes sur l'environnement que souffre actuellement la Méditerranée, ceux-ci dérivant essentiellement d'une occupation intensive des sols. Cependant, de tels problèmes ne sont pas pires que ceux produits par d'autres activités économiques qui se développent dans le littoral méditerranéen, comme par exemple l'industrie.
Malgré l'évaluation négative de l'activité touristique vis-à-vis des dommages que celle-ci a pu causer sur l'environnement, cette activité est de fait le meilleur enjeu visant à un développement de la Méditerranée, dû à sa capacité d'engendrer des ressources économiques et de gérer et préserver les ressources naturelles et culturelles, qui pourraient par ailleurs progressivement se dégrader, voire même arriver à disparaître.
La Méditerranée, en tant que mer et en tant qu'ensemble de territoires qui l'entourent, est un espace d'une richesse extraordinaire en paysages et en cultures, résultat de l'action antropique que l'être humain a mené au cours des siècles. La Méditerranée a vu naître un grand nombre de civilisations et ses eaux ont permis des échanges qui ont affecté l'ordre social et économique des populations riveraines. Mais il ne faut pas oublier que, malheureusement, la Méditerranée a aussi été trop souvent un espace de discordes et de conflits. C'est avec un tel bagage historique et le fait d'une certaine fragilité qui caractérise ce domaine géographique, qu'il est nécessaire de continuer à travailler afin que la Méditerranée puisse continuer à être un espace de coopération et de développement dans lequel sa diversité culturelle, environnementale et économique soit sauvegardée.
Le tourisme, en tant que principale activité économique des zones littorales méditerranéennes, a beaucoup à dire à ce sujet. Pour s'acheminer dans la direction proposée, il est fondamental que cette activité puisse expérimenter des changements d'ordre structurel de manière à devenir plus sensible aux caractéristiques de chacun des espaces. En prenant une telle direction, le tourisme devrait s'approprier des considérations surgies lors du Sommet de la Terre qui s'est tenu à Rio en 1992. Ainsi, les concepts si discutés mais si cruciaux comme l'est celui de "soutenabilité" doivent occuper un lieu privilégié dans la reformulation nécessaire que l'activité touristique en général doit assouvir. Les actions prioritaires à porter à terme afin de parvenir à un tourisme soutenable dans la Méditerranée, qui sont une synthèse de l'ensemble des idées exposées lors de ces trois journées de Congrès et que nous présentons à titre de conclusions, sont les suivantes:

1.- Il existe une dépendance de nombreux pays du bassin méditerranéen, surtout de ceux provenant de la rive Sud et des insulaires, vis-à-vis d'un tourisme impulsant l'activité économique et le développement. C'est pourquoi il est nécessaire de renforcer les politiques et les projets ayant comme objectif l'amélioration du tourisme et partant des principes d'un développement soutenable. Pour qu'un projet soit soutenable, il doit être écologiquement acceptable, économiquement viable, institutionnellement assumable et socialement juste. L'ensemble de ces facteurs est nécessaire, mais aucun d'entre eux n'est, par lui-même, suffisant.
Afin de promouvoir la mise en pratique d'un tourisme soutenable dans toute la Méditerranée, il est nécessaire que les administrations publiques, les organismes internationaux, les sociétés, les experts et érudits, les ONG et la société civile en général, chacun de leurs domaines respectifs de participation sociale, accélèrent ce progrès. Afin de faciliter l'échange nécessaire d'information et d'expériences dans ce domaine, un Forum de la Méditerranée pour un tourisme soutenable est proposé, et il pourrait s'incorporer aux organismes internationaux créés à partir du processus euroméditerranéen, comme par exemple le Plan d'Action de la Méditerranée (PAM), issu de la Convention de Barcelone, et dans lequel seraient représentés au même niveau tous les secteurs rattachés au tourisme, et très spécialement, la société civile et les administrations locales.

2.- Il existe dans la Méditerranée de forts contrastes en ce qui concerne la distribution spatiale de l'offre touristique. Il en ressort ainsi une forte concentration dans l'arc Nord-occidental du bassin méditerranéen et, par contre, il existe des vides importants dans le Sud et l'Est. Il arrive de même à un niveau intrarégional. La concentration linéaire et nucléaire s'explique par la prépondérance du tourisme balnéaire -soleil et plage-. C'est pour cela que le grand enjeu pour la restructuration des espaces touristiques du littoral méditerranéen se matérialise dans l'articulation intégrée d'une part, du patrimoine naturel et culturel des pays vivant à l'écart et d'autre part, de l'arrière-pays qui reste sous-évalué et relégué à un rôle de subordination.

3.- La concentration linéaire et la nucléarisation du littoral constituent des phénomènes qui sont associés à une urbanisation intensive, à une occupation du sol sans discrimination et au maintien de grandes réserves de sol à urbaniser. L'ensemble favorise ce dénommé "littoralisation", une tendance peu souhaitable du point de vue de la soutenabilité environnementale. C'est pourquoi il est nécessaire d'éviter les masses, de freiner le processus d'urbanisation et de concentration touristique, en fixant des paramètres sur la capacité de charge du territoire et en établissant des contrôles des flux; tout cela à partir de mesures "douces" -com par exemple, l'écotaxe-, d'attraits fiscaux pour les sociétés respectant l'environnement ou de plans de qualité. Dans le but d'y parvenir le tourisme doit être classé moyennant des critères de soutenabilité.

4.- La frange littorale rassemble des paysages très contrastés et une grande diversité d'espèces animales et végétales qui sont le résultat des conditions environnementales particulières qui agissent dans de tels lieux. Il est nécessaire de développer des politiques spéciales de protection de cette frange, puisque c'est cet espace réduit et fragile qui souffre le plus des impacts négatifs causés par le tourisme. La littoralisation est en train de fragmenter dangereusement la continuité originelle qui existait entre les différents environnements littoraux (zones de dunes, marécages, falaises, fonds marins,...) devenant ainsi des îles aux dimensions de plus en plus réduites. Ceci implique une perte croissante de biodiversité, concept qui ne peut être dissocié de celui de soutenabilité. Il est fondamental d'adopter des mesures de protection effective dans les deux sens. Il s'agit, d'un côté, d’impulser définitivement la création d’Aires Spécialement Protégées d'Importance Méditerranéenne (ASPIM), issues à la Convention de Barcelone, et, d'un autre côté, de déclarer dans le littoral, d'après les différents domaines de compétences national, régional voire local, des espaces protégés de catégorie différente et dans un contexte d'aménagement du territoire, tant des espaces sans urbanisation comme de ceux préalablement urbanisés. Ce dernier constitue un bon instrument visant d'une part, à freiner le processus des urbanisations, causant l'effet barrière et d'autre part, à mettre en valeur des espaces d'une grande singularité naturelle et richesse écologique. La défense de la frange littorale implique aussi de rendre compatible les espaces mentionnés ci-dessus avec d'autres fonctions relatives au loisirs, à la divulgation, à la connaissance ou à l'éducation de l'environnement, d'où la nécessité de déraciner toute tentative de privatisation ou d'appropriation de biens pour des intérêts particuliers.

5.- L'homogénéisation et la dégradation des espaces constitue un des principaux problèmes structurels qui est causé par le tourisme en masses. C'est pourquoi il est nécessaire de diversifier et de différencier les destinations touristiques tout en refusant la standarisation, en promouvant les particularités de chaque endroit et en restructurant l'offre de soleil et plage existente, qui est et continuera à être, nous ne pouvons pas l'oublier, une pièce clé en ce qui concerne l'offre touristique dans la Méditerranée. La nouvelle offre doit impulser l'association entre culture, nature, loisir et tourisme, de façon à ce que le territoire devienne le protagoniste essentiel de l'offre touristique. Maintenir les propres formes de vie peut servir dans l'avenir comme l'une des meilleures formules visant à promouvoir la particularité touristique.
Afin de mener à terme ce changement de but, les communautés locales doivent jouer un rôle fondamental. Sans elles, il est très difficile de réussir une planification visant à la soutenabilité. Nous pensons que le développement des Agenda 21 locales est le meilleur instrument de participation de toute la société civile en ce qui concerne l'aménagement et la gestion du territoire. C'est pour cela que les administrations à l’échelle des états et des régions doivent mettre en oeuvre des programmes d'aide technique et financière, de façon à ce que toutes les administrations locales puissent développer leur propre Agenda 21, à partir d'une participation effective de tous les secteurs impliqués, et en particulier de la société civile organisée.

6.- L'offre touristique conventionnelle de la Méditerranée est d'une grande simplicité dualiste axée sur l'idée de "logement = destination touristique". C'est pour cela qu'il est nécessaire d'éviter un tel réductionnisme en montrant d'une part, qu'il faut mettre en valeur la destination en offrant des produits touristiques intégrés d'intérêt culturel et de qualité des paysages, ouverts à la région et à la société, et en incorporant les zones internes. D'autre part, il faut éviter, en particulier, les "localismes", la répétition du dynamisme propre qui a eu des répercussions négatives sur la première façade littorale ainsi comme la création de complexes touristiques fermés sur les côtes. Par ailleurs, il faut que l'offre de logements soit requalifiée, tout en promouvant le logement touristique non massif, singulier, alternatif, peu consommateur de ressources et intégré davantage dans le territoire et la culture locale.

7.- La soutenabilité est un concept qui gagne du terrain quant à sa popularité, mais pas en précision en ce qui concerne sa définition. C'est à travers la soutenabilité que l'on peut justifier une politique et la nier en même temps. C'est donc un terme facilement manipulable de la part d'obscurs intérêts particuliers. En tout cas, il ne faut pas oublier que la philosophie qui l'a inspiré était celle de garantir l'exploitation rationnelle des ressources naturelles de la part des générations présentes sans pour cela mettre en danger leur utilisation vis-à-vis des générations futures. Dans le cas du tourisme, il est prioritaire de refuser les politiques erronées, qui sous une prétendue justification d'améliorer la "qualité" de la demande, impulsent des projets impliquant une plus grande dégradation du paysage, tout en utilisant les ressources sans considérer le facteur limitatif de celles-ci (l'eau, par exemple), ce qui favorise la pollution de la frange littorale et la confrontation d'intérêts avec d'autres secteurs économiques (agriculture et pêche, par exemple), tel que l'on peut observer avec le tourisme de golf et des ports de plaisance. "Qualité", en termes de soutenabilité, ne concerne pas le touriste apportant de l'argent, sinon celui qui peut démontrer activement son plus grand soin et sensibilité envers l'environnement qui l'entoure. Étiqueter tous les projets de soutenables, c'est tomber, tout simplement, dans un exercice de maquillage.
Il faut aussi refuser toute politique favorisant le maintien d'un taux élevé d'employés et à des salaires très bas, associée à des campagnes de promotion qui captent des segments de demandeurs en masse et moins solvables. La concurrence des prix est un des maux principaux du tourisme soutenable. Dans les deux cas, le tourisme constitue une source d'impacts négatifs sur la société et le patrimoine.

8.- Souvent, le manque d'anticipation, relatif au développement touristique, et d'intégration de l'offre cause des impacts sur l'environnement et sur la société, voire même celui-ci peut conduire à des destructions irréversibles du patrimoine, lorsque la qualité de ce dernier constitue la principale ressource sur laquelle repose le développement touristique. Ceci étant donné, il est nécessaire que les états, les pouvoirs publics locaux et l'initiative privée recherchent des formules afin de faire intervenir l'économie touristique dans la protection de l'environnement, dans la réhabilitation des paysages dégradés et dans la mise en valeur du patrimoine, tout en favorisant finalement une meilleure intégration et relation entre les touristes, la population réceptrice et le patrimoine. L'administration locale doit jouer le rôle de "garantisseur" et de médiateur entre les exigences des touristes et les droits de la population locale. Le tourisme met en relation dans un même espace des collectivités très diverses, tant vis-à-vis de leur typologie comme de leur provenance. La sociodiversité constitue un autre point fort qui est aussi fondamental comme l'est la biodiversité. Il faut tirer profit du tourisme en tant qu’engendreur de canaux à travers lesquels on puisse ouvrir des routes d'échanges et de coopération. L'essentiel reste, donc, dans l'identification et la promotion de ce que permet l'intégration du tourisme du point de vue de développement soutenable.

9.- En Méditerranée, excepté l'existence de déséquilibres du territoire en ce qui concerne la localisation de l'offre touristique, il existe aussi de forts contrastes des flux touristiques dans le temps, dû au fait que les saisons sont très accentuées dans cette région. Le tout entraîne le développement d'un travail saisonnier très marqué, ce qui peut se traduire par un facteur de précarisation sociale. C'est pour cette raison qu'une des actions les plus importantes de gestion et planification passe à travers la restructuration temporaire des voyages, moyennant l'adaptation de l'offre d'équipements et produits touristiques afin de réduire l'aspect saisonnier, tout en diffusant les avantages de pouvoir visiter la Méditerranée dans les mois de moindre afflux touristique. Le patrimoine archéologique, urbain, artistique et naturel et les douces températures en hiver ont un potentiel énorme pour faciliter la restructuration de l'offre. Dans ce contexte, motiver de nouvelles formes de tourisme (culturel, rural, pédestre, visant les parcs naturels) et la réalisaton d'expositions, festivals, foires-exposition, animation de monuments, muséisation d'établissements particuliers et l'ouverture de nouveaux musées animés, sont des formules qui contribuent à l'échelonnement de la fréquentation, lorsque l'on adopte des mesures de soutenabilité qui évitent la banalisation ou la dégradation des bases naturelles que nous prétendons promouvoir.
Parallèlement, il faut qu'il existe des échanges d'expériences quant à la soutenabilité, entre les pays riverains, autant dans un sens vertical qu’horizontal, à travers des projets de coopération, de manière à ce que le tourisme puisse aussi contribuer à réduire les disparités sociales et économiques qui existent entre le Nord et le Sud de la Méditerranée.

10.- Le tourisme dans la Méditerranée est mené par les voyages organisés en tant que leader. Il y a des pays dans lesquels les trois-quarts des arrivées touristiques internationales sont contrôlées par les opérateurs touristiques. Étant donné l’importance d’un tel facteur dans le processus touristique, il faut l’associer de telle façon que l’on change de but, tant en ce qui concerne la demande comme l’offre, et l’impliquer de manière à ce qu’il introduise des programmes d’éducation sur l’environnement dans ses publications, en impulsant les séjours de longue durée au lieu de ceux de courte durée dans ses offres, et en sélectionnant les logements qui tâchent d’appliquer des mesures de soutenabilité. L’image de promotion de la destination qui est donnée à travers ces opérateurs touristiques doit changer dans de nombreux cas et le touriste potentiel doit se montrer plus actif quant aux demandes qu’il adresse aux agents intermédiaires. À mesure que le touriste exige un changement, il changera le type d’offre et influencera, ainsi, le changement du dynamisme préétabli. Il faut organiser des campagnes telles que celle menée par le Projet Ulixes 21, dirigées à sensibiliser le touriste pour que ce dernier devienne exigeant quant à la demande d’un tourisme soutenable qui puisse modifier le comportement prépondérant des facteurs qui conditionnent l’offre.

11.- Il arrive souvent que la population locale reste véritablement en marge de l’évolution du processus touristique, raison pour laquelle un plus grand niveau d’implication économique et associative de sa part s’avère nécessaire. La population locale peut jouer un rôle important, direct ou indirect, dans le secteur économique, moyennant l’investissement de capitaux endogènes et portant à terme un plus grand niveau de formation et promotion professionnelle; dans les domaines social et politique, en décidant sur le futur de la commune et en s’engageant tout en bloquant les projets touristiques qui portent atteinte à la préservation du patrimoine. L’intervention de la société civile à un niveau local devrait être associée à un changement d’attitude et à l’abandon d’actions qui ont très peu à voir avec les critères de soutenabilité actuels. La soutenabilité ne constitue pas un choix que l’activité touristique fait de façon optionnelle, mais le choix à faire. Il faut essayer de rendre compatible le développement touristique avec d’autres activités économiques, en particulier les traditionnelles et artisanales (agriculture et pêche, par exemple); bien plus, la population locale doit essayer de rentabiliser de telles activités et qu’elles deviennent des produits touristiques. En définitive, la population locale doit comprendre la diversification économique en tant que valeur, puisque la monofonctionnalité économique constitue un des principaux dangers associés à la croissance touristique.
Le tourisme soutenable n’est pas équivalent à une croissance zéro, sinon qu’il doit être économiquement viable et socialement juste quant à la redistribution des richesses produites, afin qu’il ne puisse pas entraîner une déstructuration sociale là oú il s’installe.

12.- Le tourisme, pour qu’il devienne soutenable, réclame une planification qui évite de le rendre accappareur et déprédateur des ressources naturelles de son environnement inmédiat (le sol, l’eau et l’énergie). D’un autre côté, le tourisme doit être capable de partager ces ressources naturelles avec d’autres activités précedentes qui se trouvaient déjà installées sur ce territoire, comme l’agriculture. Le tourisme, en tant qu’activité économique, doit fermer les cycles énergétiques et de ressources qu’il altère. Dans cette fermeture, les mesures préventives (réduction de déchets et de polluants) doivent s’associer à d’autres de plus finalistes (dépollution des eaux, gestion intégrée, reciclage,...). En étroite relation avec cela, il faut impulser des politiques associées à l’utilisation du transport public et à celles qui favorisent l’amélioration du réseau routier préexistant, plutôt que d’en créer un nouveau, susceptible de continuer les processus de fragmentation du territoire.

13.- Le tourisme est un phénomène qui intéresse tout le monde. Il est donc nécessaire d’exiger de la transparence dans toutes les décisions qui le concernent, vue l’importance des répercussions à tous les niveaux que cette activité a dans la Méditerrannée. Il est fondamental que l’information concernant le tourisme devienne publique et que les ONG, en tant que représentants de la société civile organisée, puissent disposer de toutes les facilités afin de participer dans la prise de décisions qui touchent le secteur. Elles doivent aussi exiger de détenir un rôle d’égal à égal au cours des forums de débat sur le tourisme en Méditerranée, afin que leur planification et gestion devienne véritablement un processus participatif de l’ensemble de la société. Il faut une "conspiration civique".

14.- Les ONG, les experts sur le tourisme et les agents publics doivent impulser à un niveau local, national et international, des initiatives et des programmes de sensibilisation et d’information, dans la ligne de "MED Project ULIXES 21", pour un tourisme soutenable en Méditerranée, qui influence l’éducation environnementale des touristes, résidents, secteurs productifs et l’administration. Ces programmes se trouvent sujets à une aide institutionnelle et de tous les autres agents qui interviennent dans le processus touristique. Il s’agit, en définitive, de divulguer les valeurs de la soutenabilité. Il conviendrait de favoriser et de donner une continuité à des projets tels que ULIXES 21 pour que ceux-ci puissent étendre leurs activités à l’ensemble de la Méditerranée et pour qu’ils servent d’agglutinants d’autres initiatives locales et nationales, autour de la prise de conscience et de la participation de la société dans l’application d’un modèle de tourisme soutenable dans cette région.

15.- La diffusion d’exemples et de bonnes pratiques de tourisme soutenable, tant à un niveau étendu comme focalisé, pour motiver leur implantation à un niveau général, est un des objectifs à poursuivre par l’élaboration de projets comme celui qui a permis la réalisation de ce Congrès. Sa continuité permettrait d’établir un programme au niveau de l’ensemble de la Méditerranée afin de diffuser des exemples de tourisme soutenable. L’existence du Réseau MED Forum, dont font partie les ONG qui ont réalisé le projet ULIXES 21, garantit le développement de cette proposition, vue sa présence dans les pays de la Méditerranée et dû à ses relations internationales avec les ONG des pays émetteurs, en particulier ceux de l’Union Européenne. Ce Programme devrait compter sur un gran retentissement qui se réaliserait avec divers moyens (comme la page web de MED Forum).

16.- Le monde de l’éducation, de la formation professionnelle et les moyens de communication doivent se montrer beaucoup plus sensibilisés avec la problématique environnementale qui dérive de l’activité touristique. En ce qui concerne l’éducation et la formation professionnelle, les programmes de formation des différents établissements doivent montrer leur prise de conscience vis-à-vis de cette problématique et doivent les intégrer comme un élément de plus dans leurs démarches de formation des générations à venir, en général, et de ceux qui auront une relation directe avec le tourisme, en particulier. Cette formation doit aussi comprendre les agents politiques, qui doivent rénover leurs discours et incorporer de nouveaux concepts comme ceux qui ont été objet de discussion pour les appliquer, dans le cadre de leurs possibilités, à une échelle locale.
En ce qui concerne les moyens de communication, ceux-ci constituent d’excellents diffuseurs des espaces touristiques, ainsi comme des externalités qui en dérivent et des étouffements qui les tenaillent. Il convient qu’ils deviennent les principaux alliés de la société civile dans leur demande de changer le comportement des secteurs économiques, de l’administration et du public en général, afin d’avancer vers le modèle de tourisme soutenable. Il faut qu’il y ait une véritable complicité entre les moyens de communication et la société civile afin d’impulser l’implantation d’un modèle touristique soutenable; ils peuvent aussi s’opposer à l’image intéressée et peu rigoureuse qu’offrent certains agents, comme le seraient les opérateurs touristiques et certaines administrations. Les moyens de communication ainsi que l’organisation de congrès, comme celui qui vient de s’achever, doivent servir à promouvoir le débat et la discussion autour des questions qui concernent la bonne santé de notre littoral. Par ailleurs, ils doivent servir à l’échange d’expériences et avoir un effet de levier sur les futures initiatives.

17.- Le tourisme ne peut pas se comprendre comme une activité économique qui fonctionne en marge du reste et de forme autonome. Bien au contraire, le tourisme dépend d’autres branches économiques qui l’approvisionnent de biens et de services (alimentation, transport, assurances, énergie, technologie, bâtiment, ameublement, design,...). Ainsi, toutes les actions visant à impulser la soutenabilité de ce secteur, peuvent avoir un effet multiplicateur sur d’autres qui lui sont subsidiaires. En tout cas, une entente est nécessaire entre les différents secteurs économiques d’une zone touristique donnée afin que l’ensemble des activités prennent la même direction. Les inititatives isolées réussissent rarement à cristalliser dans les résultats espérés.

18.- Face à la situation globale que traverse la Méditerranée, ce n’est pas la peine de se montrer catastrophiste, mais réaliste vis-à-vis des problèmes qui la concernent et des externalités négatives qui dérivent du tourisme. La Méditerranée est endommagée par de nombreuses agressions qui lui causent une grave maladie, mais en aucun cas elle est morte. Il est donc indispensable d’arriver à un engagement ferme de la part de tous ceux qui ont quelque chose à dire à ce sujet, c’est à dire, TOUS. Chacun d’entre nous est un agent et un touriste potentiel. Cela équivaut à dire que l’apportation personnelle de chaque individu peut contribuer à transformer le résultat global des répercussions du tourisme sur l’environnement et à faire en sorte que la Méditerranée se remette d’une maladie chronique qui la fouette depuis des décennies.

Sant Feliu de Guíxols, 24 octobre 1998

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