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MED Info 41 (Décembre 2002) December 2002 |
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Édition spéciale / Special edition
MED Forum 2002 :
Declarations, manifestes et propositions
Declarations,
manifestos and proposals
Ø Manifeste
des ONG de la Méditerranée pour le Sommet de Johannesburg 2002
Manifesto of Mediterranean
NGOs before the 2002 Johannesburg Summit.
VI Mediterranean Environment
Forum. Barcelona, November / December 2001
Ø
Propositions de MED Forum à la Vème Conférence Euromed
Valencia -
Avril 2002
Proposals of MED Forum to the Vth Euromed Conference
Valencia -
April 2002
Ø Position Paper of the major
networks of the EuroMediterranean Partnership and environmental NGOs addressed
to the Euro-Mediterranean Civil Forum (Valencia, 12-14 April 2002) and the
Euro-Mediterranean Ministerial Conference (Valencia, 22-23 April 2002)
Ø Athens NGO Statement
Athens 07 July 2002
EcoMediterrània: TRAFALGAR no.
19, 1º - 1ª. 08010 Barcelona.
Tel.
93 412 43 09 Fax: 93 412 46 22 E-mail: medforum@pangea.org Web: www.medforum.org
Ø Manifeste des ONG de la Méditerranée pour le
Sommet de
Johannesburg
2002
Barcelone, les 30
novembre et 1er décembre 2001
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D |
ix ans après le Sommet de Rio de Janeiro de 1992,
il est nécessaire d’analyser l’application des grandes mesures adoptées au
cours du sommet, tout spécialement l’Agenda 21 et les grandes conventions
internationales qui en découlent: changement climatique, biodiversité et lutte
contre la désertification.
Le bassin méditerranéen n’existe comme région
dans aucune des organisations internationales et, par conséquent, il n’apparaît
pas en tant que tel dans les rapports mondiaux et régionaux qui sont
régulièrement produits ; il n’existe pas non plus dans les bases de
données disponibles. Seuls les organismes de la Convention de Barcelone
(Convention des Nations Unies pour la protection de la Méditerranée), le PAM et
la CMDD, disposent d’un domaine méditerranéen qui leur permet une approche de
l’état de la situation de la région.
Un rapide coup d’œil à la situation de la
Méditerranée semble révéler que, s’il est vrai que certains problèmes
environnementaux sont envisagés à différents niveaux et que des efforts sont
faits pour intégrer l’environnement dans les stratégies de développement, les
problèmes d’inégalité et de pauvreté non seulement n’ont pas été réduits sinon
que, dans de nombreux cas, il semble même qu’ils se soient aggravés.
La dynamique de la mondialisation et les
tentatives d’intégration économique ont, pour le moment, des effets adverses
sur les secteurs et les zones les plus pauvres et les moins développés du
bassin méditerranéen.
Malgré d’évidentes améliorations en terme
d’une plus grande efficacité énergétique dans certaines parties du bassin et,
en général, d’une plus grande éco-efficacité, ces progrès semblent avoir été
plus que contrecarrés par les tendances dominantes dans les secteurs de la
production et de la consommation, tendances accentuées parallèlement par
l’inégalité croissante, l’instabilité économique, l’expansion démographique et
les processus migratoires, les conflits militaires qui ont affecté la région,
tout particulièrement dans les Balkans et le Moyen-Orient, sans sous-estimer
les conflits internes qui ont touché d’autres pays.
La dynamique de croissance économique et
d’expansion des populations s’est traduite, évidemment, par une plus grande
consommation des ressources, avec la plus grande production de résidus, de
polluants et de déchets qui en est le corollaire. Le transport et le tourisme
ont augmenté de manière notable, et ils ont accentué le processus de croissance
économique. Ils sont aussi à l’origine de plus grandes ressources économiques.
Toutefois, ces deux aspects ont de profonds impacts environnementaux encore
rarement évalués et encore moins corrigés. Par ailleurs, la pauvreté et
l’inégalité demeurent des caractéristiques de la région méditerranéenne.
Dix ans après le Sommet de Rio, le bassin
méditerranéen a été le témoin d’intentions aussi bien que d’actions
préparatoires ou de plans d’action, qui vont apparemment dans la bonne
direction. Cependant, leur mise en place n’a pas suivi, et les politiques et
actions à court terme ont primé sur les considérations et les stratégies à long
terme.
Dans le secteur productif, il est vrai que
dans certains cas on observe une plus grande responsabilité environnementale
des entreprises et l’adoption de mesures de gestion environnementale, mais
celles-ci sont relativement rares et concentrées dans certains domaines. De
plus, l’adoption de systèmes de gestion environnementale n’est une réalité que
dans le cadre des grandes entreprises, la majorité des PME étant encore bien
loin de l’adoption de ces systèmes de gestion.
Les mécanismes de contrôle de
l’accomplissement des politiques et des normes environnementales sont encore
extrêmement précaires, et les tâches de surveillance et de monitoring sont
encore très rarement mises en œuvre. De ce point de vue, un progrès important a
été fait dans la Méditerranée avec la constitution des cent trente-cinq
indicateurs du développement durable.
Environ cent soixante représentants de
différents secteurs sociaux, et tout particulièrement des ONG de la
Méditerranée regroupées dans MED Forum, Réseau d’ONG de la Méditerranée pour
l’Écologie et le Développement durable, réunis à Barcelone pour le VIe
Forum environnemental de la Méditerranée, après avoir analysé les documents de
base apportés et avoir participé à de larges débats, décident de lancer le MANIFESTE ci-dessous.
1.
Nous constatons que les propositions positives
contenues dans l’Agenda 21 approuvé au Sommet de Rio de 1992, et celles qui en
découlent, comme l’Agenda MED 21 et les Agendas 21 nationaux et locaux, ainsi
que les grandes conventions internationales des Nations Unies issues du Sommet
de Rio, qui devaient permettre un développement durable et respectueux de
l’environnement de la région méditerranéenne n’ont pas été appliquées pour la
plupart du fait de l’absence de décisions politiques, du manque de mesures
concrètes et de l’extrême modestie des moyens financiers utilisés.
Nous rappelons que le Sommet de Johannesburg est une conférence qui a pour but d d’analyser l’application et les moyens utilisés pour respecter les principes et réaliser les propositions contenus dans l’Agenda 21, et qu’elle doit faire de nouvelles propositions devant permettre un développement durable pour éviter la dégradation permanente de la planète.
2.
Nous affirmons que la région méditerranéenne est une
éco-région devant être prise en compte en tant que telle, et que les apports de
la convention ainsi que le processus signés à Barcelone en 1975 et 1995 doivent
être soulignés et renforcés pour que la Méditerranée apporte sa contribution
aux changements de la planète quant au développement durable. La Commission
méditerranéenne du Développement durable (CMDD) doit être renforcée et reconnue
par la Commission de développement durable (CDD) comme interlocuteur valable
pour participer aux séances et autres activités de celle-ci.
3.
Nous manifestons que l’éco-région méditerranéenne
dispose de potentialités pour avancer dans l’application des propositions de
l’Agenda 21, qui ont été développées dans l’Agenda MED 21, et que, avec
l’existence du PAM, de la CMDD et du processus euro-méditerranéen, elle peut
contribuer à la mise en marche d’un développement durable, sur la base de la
détermination de priorités spécifiquement méditerranéennes.
a)
L’eau. La gestion intégrée et durable de l’eau doit
être reconnue comme l’un des grands enjeux pour la région méditerranéenne. Une
nouvelle culture de l’eau est nécessaire qui prenne en compte la durabilité de
la ressource pour satisfaire les besoins des consommations domestique,
industrielle et agricole, coexistants avec la nécessaire vie de la flore et de
la faune des différents écosystèmes.
b)
La lutte contre la désertification. Les effets du
changement climatique aggravent l’avancée de la désertification, l’érosion de
la couche végétale du bassin méditerranéen et la disparition de la forêt
méditerranéenne. Le Programme d’action régional prévu dans l’Annexe 4 doit être
appliqué, de même que les Programmes sous-régionaux des Annexes 1 et 2 de la
Convention ; et, surtout, ils doivent être dotés d’un mécanisme concret de
financement pour la mise en marche de mesures concrètes pour combattre la
sécheresse et favoriser l’agriculture durable.
c)
La gestion intégrée des zones côtières. La pression
exercée sur la frange du littoral méditerranéen, dans laquelle 37 % de la
population vit sur 17 % du territoire, est telle que l’on doit adopter des
programmes d’action concrets pour développer les mesures prévues dans l’Agenda
21.
d)
Le tourisme durable. La région méditerranéenne
reçoit 30 % du tourisme mondial, ce qui est à l’origine de grands problèmes
environnementaux. Il est nécessaire d’adopter des mesures concrètes pour
freiner le tourisme intensif et prendre de l’avance quant à la protection des
ressources naturelles et culturelles.
e)
La protection de la biodiversité. La forte pression
démographique, du tourisme et des infrastructures est en train de faire
disparaître la riche biodiversité méditerranéenne.
f)
La lutte contre la pollution et la surexploitation
marines. La Méditerranée est une mer fermée qui reçoit une forte pollution
terrestre et marine, ce qui, conjointement à la surexploitation des ressources
marines, exige des mesures urgentes pour préserver la riche biodiversité
méditerranéenne.
g)
Autres thèmes : tels que la gestion des
résidus, l’utilisation d’énergies renouvelables, la lutte contre l’effet de
serre, etc.
4.
Nous demandons tout le soutien possible pour les
villes méditerranéennes qui configurent une spécificité méditerranéenne
fondamentale pour le développement durable et pour la coexistence de la région.
Des programmes urbains de développement durable appuyés par des financements
internationaux devraient être mis en place sur une base volontaire par les
collectivités publiques et les représentants des sociétés civiles, ainsi que
par les États, ensemble, de manière contractuelle ; cela concernera en
particulier les cent millions de nouveaux habitants urbains de la région.
5.
Nous demandons que les moyens, notamment financiers
tels qu’ils ont été envisagés en particulier lors de la réunion de Monterrey,
constituent en priorité la base des efforts proposés au Sommet de Johannesburg.
Plusieurs composantes constituent les bases d’un pacte planétaire et
permettront de créer en Méditerranée un espace de solidarité et de
développement partagé.
a) Reprendre rapidement le niveau de l’aide publique au développement à hauteur de 0,7 % ; enregistrer, à cet égard, l’engagement pris à Göteborg en 2001 par les États européens.
b) Établir une ressource commune et innovante pour financer en partie des contributions nationales devant être maintenues, le financement des Nations Unies, du système de gouvernance mondial et des actions d’intérêt public dans les différentes régions du monde et, en particulier, en Méditerranée.
c) Reconvertir des systèmes de ressources, en particulier de la dette, par des échanges (Debt Swaps) pour des opérations de développement durable, par le redéploiement des ressources et la révision des taxes et redevances nationales et locales pour les ajuster par des éco-taxes en référence, par exemple, aux principes du pollueur payeur ou de l’encouragement au bon développeur.
6.
Nous appelons à réduire le
haut niveau de chômage des jeunes, à garantir la création d’emplois à tous et à
toutes d’une façon durable, pour éradiquer la pauvreté, en adoptant les mesures
nécessaires, telles que :
a)
développer l’esprit et la capacité des PME avec l’aide
des associations d’entraide professionnelle ou des associations
d’entreprises ;
b)
mettre en place des services de conseils, des réseaux
d’informations de promotion pour l’application des technologies propres ;
c)
soutenir tous les systèmes d’aide à la gestion et au
management participatif, et encourager les acteurs de l’économie populaire et
familiale ;
d)
articuler des initiatives de micro-économies avec les
politiques nationales.
7.
Nous proposons que le processus euro-méditerranéen
et le PAM, ensemble, renforcent pour la région les échanges en vue de la
création d’un espace de partenariat et de co-développement : l’apport de
la zone de libre-échange envisagée doit être considéré comme un moyen
subordonné aux exigences sociales et environnementales pour une région qui doit
garder et mettre en valeur ses identités et ses valeurs.
8.
Nous appelons les réseaux
euro-méditerranéens de la société civile à s’engager à renforcer les ONG et les
plus importants groupes à niveau national en faveur de l’application et de la
surveillance des accords euro-méditerranéens d’association. Les réseaux d’ONG,
ainsi que les groupes les plus importants, doivent s’associer pour la
réalisation des PIR (Programmes indicatifs régionaux), de même que les ONG et
les groupes les plus importants doivent s’associer pour la réalisation des PIN
(Programmes indicatifs nationaux) prévus dans le programme MEDA-II. Ce
programme, ainsi que les programmes et initiatives sectoriels tels que les SMAP
(Plans d’action méditerranéens stratégiques) doivent être suffisamment dotés
pour aborder les problèmes qui devront être résolus.
9.
Nous soutenons le projet d’institutionnalisation du
Forum civil Euromed largement recommandé par les instances gouvernementales et
non gouvernementales depuis 1995, qui pourrait aider à rassembler les plus
importants groupes de la société civile en vue d’avancer dans ce débat, qui est
par nature lié au Forum parlementaire euro-méditerranéen.
10. Nous demandons que
les échanges culturels et professionnels dans la région soient renforcés entre
pays, villes et établissements universitaires et scolaires. Les jeunes
devraient en être les principaux bénéficiaires. Nous
rappelons que l’intensification des échanges de jeunes en Méditerranée devrait
déboucher sur des actions de terrain liées à des thèmes d’amélioration de la
qualité de vie. Échanger pour changer ; renforcer les capacités locales et
les initiatives dans chacune des organisations par la rencontre d’autres
initiatives et d’autres capacités ; transférer et adapter les bonnes
pratiques rencontrées ailleurs sur les territoires d’actions propres.
11. Nous encourageons la
révision la plus rapide possible des institutions aux différents niveaux :
a)
à celui de la planète pour mieux affirmer, par la
gouvernance, l’incorporation de la dimension du développement durable dans les
accords multilatéraux ; et à celui de la région méditerranéenne où les
réseaux de coopération doivent être encouragés dans la perspective du
renforcement des capacités nationales et locales ;
b)
à celui de la
participation des personnes et des associations à l’effort commun, en révisant
notamment les législations sur l’accès à l’information et l’accès à la justice
répondant à une nécessité.
12. Nous exigeons que la
société civile soit mieux représentée dans toutes les instances et organismes
internationaux qui interviennent dans la Méditerranée afin qu’elle soit un
moteur pour le développement durable, la création d’un espace méditerranéen de
paix, d’équité, de solidarité et d’exemplarité pour le monde.
MED Forum
Réseau d’ONG de la Méditerranée pour
l’Écologie et le Développement durable
Contributions medforum@medforum.org
