MANIFESTE
des ONG de la Méditerranée pour le Sommet de Johannesburg 2002
Barcelone,
les 30 novembre et 1er décembre 2001
Dix ans après le Sommet de Rio de
Janeiro de 1992, il est nécessaire d’analyser l’application des grandes mesures
adoptées au cours du sommet, tout spécialement l’Agenda 21 et les grandes
conventions internationales qui en découlent: changement climatique,
biodiversité et lutte contre la désertification.
Le bassin méditerranéen n’existe comme région dans aucune des organisations internationales et, par conséquent, il n’apparaît pas en tant que tel dans les rapports mondiaux et régionaux qui sont régulièrement produits ; il n’existe pas non plus dans les bases de données disponibles. Seuls les organismes de la Convention de Barcelone (Convention des Nations Unies pour la protection de la Méditerranée), le PAM et la CMDD, disposent d’un domaine méditerranéen qui leur permet une approche de l’état de la situation de la région.
Un rapide coup d’œil à la situation de la Méditerranée semble révéler que, s’il est vrai que certains problèmes environnementaux sont envisagés à différents niveaux et que des efforts sont faits pour intégrer l’environnement dans les stratégies de développement, les problèmes d’inégalité et de pauvreté non seulement n’ont pas été réduits sinon que, dans de nombreux cas, il semble même qu’ils se soient aggravés.
La dynamique de la mondialisation et les tentatives d’intégration économique ont, pour le moment, des effets adverses sur les secteurs et les zones les plus pauvres et les moins développés du bassin méditerranéen.
Malgré d’évidentes améliorations en terme d’une plus grande efficacité énergétique dans certaines parties du bassin et, en général, d’une plus grande éco-efficacité, ces progrès semblent avoir été plus que contrecarrés par les tendances dominantes dans les secteurs de la production et de la consommation, tendances accentuées parallèlement par l’inégalité croissante, l’instabilité économique, l’expansion démographique et les processus migratoires, les conflits militaires qui ont affecté la région, tout particulièrement dans les Balkans et le Moyen-Orient, sans sous-estimer les conflits internes qui ont touché d’autres pays.
La dynamique de croissance économique et d’expansion des populations s’est traduite, évidemment, par une plus grande consommation des ressources, avec la plus grande production de résidus, de polluants et de déchets qui en est le corollaire. Le transport et le tourisme ont augmenté de manière notable, et ils ont accentué le processus de croissance économique. Ils sont aussi à l’origine de plus grandes ressources économiques. Toutefois, ces deux aspects ont de profonds impacts environnementaux encore rarement évalués et encore moins corrigés. Par ailleurs, la pauvreté et l’inégalité demeurent des caractéristiques de la région méditerranéenne.
Dix ans après le Sommet de Rio,
le bassin méditerranéen a été le témoin d’intentions aussi bien que d’actions
préparatoires ou de plans d’action, qui vont apparemment dans la bonne
direction. Cependant, leur
mise en place n’a pas suivi, et les politiques et actions à court terme ont
primé sur les considérations et les stratégies à long terme.
Dans le secteur productif, il est vrai que dans certains cas on observe une plus grande responsabilité environnementale des entreprises et l’adoption de mesures de gestion environnementale, mais celles-ci sont relativement rares et concentrées dans certains domaines. De plus, l’adoption de systèmes de gestion environnementale n’est une réalité que dans le cadre des grandes entreprises, la majorité des PME étant encore bien loin de l’adoption de ces systèmes de gestion.
Les mécanismes de contrôle de l’accomplissement des politiques et des normes environnementales sont encore extrêmement précaires, et les tâches de surveillance et de monitoring sont encore très rarement mises en œuvre. De ce point de vue, un progrès important a été fait dans la Méditerranée avec la constitution des cent trente-cinq indicateurs du développement durable.
Environ cent soixante représentants de différents secteurs sociaux, et tout particulièrement des ONG de la Méditerranée regroupées dans MED Forum, Réseau d’ONG de la Méditerranée pour l’Écologie et le Développement durable, réunis à Barcelone pour le VIe Forum environnemental de la Méditerranée, après avoir analysé les documents de base apportés et avoir participé à de larges débats, décident de lancer le MANIFESTE ci-dessous.
1. Nous constatons que les propositions positives contenues dans l’Agenda 21 approuvé au Sommet de Rio de 1992, et celles qui en découlent, comme l’Agenda MED 21 et les Agendas 21 nationaux et locaux, ainsi que les grandes conventions internationales des Nations Unies issues du Sommet de Rio, qui devaient permettre un développement durable et respectueux de l’environnement de la région méditerranéenne n’ont pas été appliquées pour la plupart du fait de l’absence de décisions politiques, du manque de mesures concrètes et de l’extrême modestie des moyens financiers utilisés.
Nous rappelons que le Sommet de Johannesburg est une conférence qui a
pour but d’analyser l’application et les moyens utilisés pour respecter les
principes et réaliser les propositions contenus dans l’Agenda 21, et qu’elle doit
faire de nouvelles propositions devant permettre un développement durable pour
éviter la dégradation permanente de la planète.
2. Nous affirmons que la région méditerranéenne est une éco-région devant être prise en compte en tant que telle, et que les apports de la convention ainsi que le processus signés à Barcelone en 1975 et 1995 doivent être soulignés et renforcés pour que la Méditerranée apporte sa contribution aux changements de la planète quant au développement durable. La Commission méditerranéenne du Développement durable (CMDD) doit être renforcée et reconnue par la Commission de développement durable (CDD) comme interlocuteur valable pour participer aux séances et autres activités de celle-ci.
3. Nous manifestons que l’éco-région méditerranéenne dispose de potentialités pour avancer dans l’application des propositions de l’Agenda 21, qui ont été développées dans l’Agenda MED 21, et que, avec l’existence du PAM, de la CMDD et du processus euro-méditerranéen, elle peut contribuer à la mise en marche d’un développement durable, sur la base de la détermination de priorités spécifiquement méditerranéennes.
a) L’eau. La gestion intégrée et durable de l’eau doit être reconnue comme l’un des grands enjeux pour la région méditerranéenne. Une nouvelle culture de l’eau est nécessaire qui prenne en compte la durabilité de la ressource pour satisfaire les besoins des consommations domestique, industrielle et agricole, coexistants avec la nécessaire vie de la flore et de la faune des différents écosystèmes.
b) La lutte contre la désertification. Les effets du changement climatique aggravent l’avancée de la désertification, l’érosion de la couche végétale du bassin méditerranéen et la disparition de la forêt méditerranéenne. Le Programme d’action régional prévu dans l’Annexe 4 doit être appliqué, de même que les Programmes sous-régionaux des Annexes 1 et 2 de la Convention ; et, surtout, ils doivent être dotés d’un mécanisme concret de financement pour la mise en marche de mesures concrètes pour combattre la sécheresse et favoriser l’agriculture durable.
c) La gestion intégrée des zones côtières. La pression exercée sur la frange du littoral méditerranéen, dans laquelle 37 % de la population vit sur 17 % du territoire, est telle que l’on doit adopter des programmes d’action concrets pour développer les mesures prévues dans l’Agenda 21.
d) Le tourisme durable. La région méditerranéenne reçoit 30 % du tourisme mondial, ce qui est à l’origine de grands problèmes environnementaux. Il est nécessaire d’adopter des mesures concrètes pour freiner le tourisme intensif et prendre de l’avance quant à la protection des ressources naturelles et culturelles.
e) La protection de la biodiversité. La forte pression démographique, du tourisme et des infrastructures est en train de faire disparaître la riche biodiversité méditerranéenne.
f) La lutte contre la pollution et la surexploitation marines. La Méditerranée est une mer fermée qui reçoit une forte pollution terrestre et marine, ce qui, conjointement à la surexploitation des ressources marines, exige des mesures urgentes pour préserver la riche biodiversité méditerranéenne.
g) Autres thèmes : tels que la gestion des résidus, l’utilisation d’énergies renouvelables, la lutte contre l’effet de serre, etc.
4.
Nous
demandons tout le soutien possible pour les villes méditerranéennes qui
configurent une spécificité méditerranéenne fondamentale pour le développement
durable et pour la coexistence de la région. Des programmes urbains de
développement durable appuyés par des financements internationaux devraient être
mis en place sur une base volontaire par les collectivités publiques et les
représentants des sociétés civiles, ainsi que par les États, ensemble, de
manière contractuelle ; cela concernera en particulier les cent millions
de nouveaux habitants urbains de la région.
5. Nous demandons que les moyens, notamment financiers tels qu’ils ont été envisagés en particulier lors de la réunion de Monterrey, constituent en priorité la base des efforts proposés au Sommet de Johannesburg. Plusieurs composantes constituent les bases d’un pacte planétaire et permettront de créer en Méditerranée un espace de solidarité et de développement partagé.
a) Reprendre rapidement le niveau de l’aide publique au développement à hauteur de 0,7 % ; enregistrer, à cet égard, l’engagement pris à Göteborg en 2001 par les États européens.
b) Établir une ressource commune et innovante pour financer en partie des contributions nationales devant être maintenues, le financement des Nations Unies, du système de gouvernance mondial et des actions d’intérêt public dans les différentes régions du monde et, en particulier, en Méditerranée.
c) Reconvertir des systèmes de ressources, en particulier de la dette, par des échanges (Debt Swaps) pour des opérations de développement durable, par le redéploiement des ressources et la révision des taxes et redevances nationales et locales pour les ajuster par des éco-taxes en référence, par exemple, aux principes du pollueur payeur ou de l’encouragement au bon développeur.
6. Nous appelons à
réduire le haut niveau de chômage des jeunes, à garantir la création d’emplois
à tous et à toutes d’une façon durable, pour éradiquer la pauvreté, en adoptant
les mesures nécessaires, telles que :
a)
développer l’esprit et la capacité des PME avec l’aide des associations
d’entraide professionnelle ou des associations d’entreprises ;
b)
mettre en place des services de conseils, des réseaux d’informations de
promotion pour l’application des technologies propres ;
c)
soutenir tous les systèmes d’aide à la gestion et au management
participatif, et encourager les acteurs de l’économie populaire et
familiale ;
d)
articuler des initiatives de micro-économies avec les politiques
nationales.
7. Nous proposons que le
processus euro-méditerranéen et le PAM, ensemble, renforcent pour la région les
échanges en vue de la création d’un espace de partenariat et de
co-développement : l’apport de la zone de libre-échange envisagée doit
être considéré comme un moyen subordonné aux exigences sociales et
environnementales pour une région qui doit garder et mettre en valeur ses
identités et ses valeurs.
8.
Nous appelons les réseaux euro-méditerranéens de la
société civile à s’engager à renforcer les ONG et les plus importants groupes à
niveau national en faveur de l’application et de la surveillance des accords
euro-méditerranéens d’association. Les réseaux d’ONG, ainsi que les groupes les
plus importants, doivent s’associer pour la réalisation des PIR (Programmes
indicatifs régionaux), de même que les ONG et les groupes les plus importants
doivent s’associer pour la réalisation des PIN (Programmes indicatifs
nationaux) prévus dans le programme MEDA-II. Ce programme, ainsi que les
programmes et initiatives sectoriels tels que les SMAP (Plans d’action
méditerranéens stratégiques) doivent être suffisamment dotés pour aborder les problèmes
qui devront être résolus.
9.
Nous
soutenons le projet d’institutionnalisation du Forum civil Euromed largement
recommandé par les instances gouvernementales et non gouvernementales depuis
1995, qui pourrait aider à rassembler les plus importants groupes de la société
civile en vue d’avancer dans ce débat, qui est par nature lié au Forum
parlementaire euro-méditerranéen.
10.
Nous
demandons que les échanges culturels et professionnels dans la région soient
renforcés entre pays, villes et établissements universitaires et scolaires. Les
jeunes devraient en être les principaux bénéficiaires. Nous
rappelons que l’intensification des échanges de jeunes en Méditerranée devrait
déboucher sur des actions de terrain liées à des thèmes d’amélioration de la
qualité de vie. Échanger pour changer ; renforcer les capacités locales et
les initiatives dans chacune des organisations par la rencontre d’autres
initiatives et d’autres capacités ; transférer et adapter les bonnes
pratiques rencontrées ailleurs sur les territoires d’actions propres.
11. Nous encourageons la révision la plus rapide possible des institutions
aux différents niveaux :
a)
à
celui de la planète pour mieux affirmer, par la gouvernance, l’incorporation de
la dimension du développement durable dans les accords multilatéraux ; et
à celui de la région méditerranéenne où les réseaux de coopération doivent être
encouragés dans la perspective du renforcement des capacités nationales et
locales ;
b) à celui
de la participation des personnes et des associations à l’effort commun, en
révisant notamment les législations sur l’accès à l’information et l’accès à la justice répondant à une
nécessité.
12.
Nous
exigeons que la société civile soit mieux représentée dans toutes les instances
et organismes internationaux qui interviennent dans la Méditerranée afin
qu’elle soit un moteur pour le développement durable, la création d’un espace
méditerranéen de paix, d’équité, de solidarité et d’exemplarité pour le monde.
MED
Forum
Les organisations non
gouvernementales actives dans la région méditerranéenne se sont réunies à Nice
les 11 et 12 janvier 2002 pour contribuer aux préparatifs du Sommet Mondial de
Johannesburg sur le Développement Durable (SMDD). La Méditerranée a une longue
histoire d’échanges culturels et de coopération ; toutefois, à l’heure
actuelle, d’importants groupes d’habitants
de la région sont menacés par la dégradation de l’environnement, les
conflits, l’insécurité, l’exclusion sociale et les violations des droits de
l’Homme et des libertés fondamentales.
Le développement durable de la région peut être considéré comme un moyen
majeur permettant de faire de cette zone, dotée d’une identité écologique et
culturelle propre mais comptant des disparités considérables en matière de
prospérité et de perspectives, un exemple de coexistence et de coopération de
peuples et de cultures partageant des ressources et un avenir communs.
La région méditerranéenne
composée de 22 pays situés au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie
de l’Ouest, a accompli des nombreux progrès dans la mise en œuvre de l’Agenda
21 :
·
la société
civile commence à se renforcer et à s’impliquer de manière croissante aux
niveaux local, national et régional. Certaines autorités locales et régionales
ont entamé le processus de mise en place de l’agenda 21 au niveau local. La
coopération régionale a été améliorée à différents égards, notamment dans le
domaine scientifique et en matière de renforcement des capacités,
·
la pollution
marine a été stabilisée et parfois réduite,
·
des outils
institutionnels novateurs ont été mis en œuvre dans la région : le Plan
d’Action pour la Méditerranée, lancé en 1975, a été rénové et une Commission
Méditerranéenne du Développement Durable (CMDD), unique au monde au niveau de
participation des gouvernements, de la société civile et du secteur privé a été
créée.
·
On note des
progrès, dans une majorité de pays, concernant l’accès à l’eau potable, le
traitement des eaux, l’alimentation et la situation en matière de santé
publique.
Il y a toutefois des
lacunes :
·
les
différences de revenus, tant entre les pays qu’au plan interne, se sont accrues
·
la pression
exercée sur l’espace, les écosystèmes et les ressources s’accroît (zones
côtières, systèmes des eaux continentales, forêts, zones agricoles, sols,
ressources halieutiques),
·
les modes
d’urbanisation et de consommation sont en grande partie incontrôlés et le
recours aux énergies renouvelables reste marginal. Ces lacunes risquent
d’annuler les progrès réalisés ces dernières années, notamment en matière de
santé publique.
·
le
Partenariat Euro-Méditerranéen, sensé promouvoir le développement mutuel dans
une région de 700 millions d’habitants, reste trop orienté jusqu’à présent sur
les seuls domaines de la sécurité, du développement économique traditionnel,
des reformes structurelles et du libre échange.
·
le
non-respect des engagements de Rio a exacerbé la crise socio-économique,
fragilisé la démocratie et accru la vulnérabilité de nombreux groupes sociaux,
en particulier les femmes, les enfants, les jeunes et d’autres groupes
marginalisés.
DE BONNES PRATIQUES DE
GOUVERNANCE SONT INDISPENSABLES A TOUS LES NIVEAUX
La mise en
œuvre du développement durable nécessite l'approfondissement de la démocratie
et des bonnes pratiques de gouvernance à tous les niveaux.
·
Le principe
10 de la Déclaration de Rio, qui prévoit de garantir au public l’accès à
l’information, la participation au processus de prise de décision et l’accès à
la justice dans le domaine environnemental, doit être pleinement mis en oeuvre
dans tous les pays. Cela commence par une attitude d’ouverture et de
transparence de la part des autorités et des entreprises vis à vis de la
société civile.
·
De bonnes
pratiques de gouvernance signifient également l’application du droit social et
environnemental, l’éradication de la corruption au sein des gouvernements, du
secteur public et du secteur privé et l’adoption de mesures fermes contre les
délits environnementaux et sociaux.
·
Tous les
pays devraient mettre en place des Commissions Nationales du Développement
Durable (CNDD) effectives et renforcer le rôle et les capacités des autorités
locales et sous-régionales en matière de formulation et de mise en œuvre dans
le domaine du développement durable.
·
Les
organisations régionales peuvent accroître radicalement leur efficacité en
adoptant un modèle participatif. Jusqu’à ce jour, le seul organisme à appliquer
ce principe dans notre région est la Commission Méditerranéenne du
Développement Durable. Nous demandons instamment à tous les organismes
multilatéraux, et notamment à l’Organisation des Nations Unies et à l’Union
Européenne, de favoriser la coopération régionale, en accordant clairement un
rôle et en facilitant la participation à la société civile.
·
Au niveau
global, le cadre institutionnel est fragmenté. Nous demandons une réforme et un
renforcement du PNUE et une mise en œuvre
coordonnée des Accords
Multilatéraux sur l’Environnement. Nous saluons l’initiative du PNUE visant à
mettre en place un processus permettant la participation de la société civile.
Le Forum Mondial de la Société Civile sur l’Environnement pourrait servir de
modèle à d’autres organes des Nations Unies.
·
Les pays en
développement doivent bénéficier d’une égalité de droits et de facilités dans
le processus de prise de décision au sein des institutions financières
internationales.
La lutte contre la pauvreté doit être au centre des politiques de
développement durable ce qui exige un consensus politique de haut niveau.
·
Les
politiques d’aide et les politiques de mise en œuvre de l’Agenda 21 doivent
prévoir des programmes spéciaux de lutte contre la pauvreté qui doivent tenir
compte des causes économiques, sociales et politiques de la pauvreté.
·
Le lien
entre la dégradation de l'environnement et l'augmentation de la pauvreté doit
être reconnu et des mesures et les programmes combinant lutte contre la
pauvreté et gestion des ressources naturelles doivent être encouragés.
·
Les
programmes de lutte contre la pauvreté doivent associer de manière étroite les
organisations de la société civile et le secteur privé, et l'accès des jeunes à
un travail décent et productif doit être une priorité.
·
Les
objectifs de lutte contre la pauvreté doivent être chiffrés et contraignants et
un système international d'observance doit être mis en place pour évaluer les
progrès de la lutte contre la pauvreté.
La région méditerranéenne est un exemple de relations commerciales inégales
lesquelles profitent aux pays développés en laissant les pays moins développés
à la traîne.
Nous apportons fermement notre soutien à deux mesures proposées par le
Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, pour le Sommet de
Johannesburg, lesquelles nous paraissent tout particulièrement pertinentes pour
la région méditerranéenne :
·
"Supprimer les subventions entraînant des
distorsions sur les flux commerciaux et améliorer l'accès des produits et
services des pays en développement sur les marchés des pays développés, en
particulier dans les domaines pour lesquels les pays en développmeent ont un
avantage comparatif tels que les textiles et l'agriculture".
·
Assister les pays en développement dans leurs
efforts pour intégrer le système commercial mondial et participer de manière
effective aux négociations commerciales internationales".
·
Les accords
commerciaux globaux et régionaux devraient viser à renforcer les économies
locales (notamment Petites et Moyennes Entreprises), (i) à établir des
pratiques commerciales justes avec partage des
bénéfices, (ii) à promouvoir un mode durable
de production et de consommation et (iii) à lutter contre la pauvreté.
Ceci signifie
également que l'influence excessive exercée par les entreprises multinationales
doit être réduite:
Nous demandons par ailleurs au Sommet Mondial du Développement Durable de
reconnaitre la nécessité d'une Convention sur la responsabilité des entreprises
en matière de développement durable. L'OMC a par ailleurs échoué dans la mise
en place d’une structure internationale de promotion du commerce équitable. En
conséquence, l'OMC doit être réformée pour assurer la pleine participation des
pays en développement et des acteurs de la société civile en son sein et pour
permettre le plein accès des pays du Sud aux marchés des pays industrialisés.
·
Tous les
pays devraient être en mesure de mobiliser des ressources publiques et
domestiques, stables et suffisantes au niveau national et local au service du
développement durable, en tenant compte du fait qu’à long terme ces
investissements se révéleront très profitables.
·
Il est
nécessaire que des fonds soient alloués spécifiquement aux activités relevant
du l’Agenda local 21 ainsi qu’à des micro-crédits destinés au secteur privé et
aux communautés locales.
·
La
coopération entre les autorités locales et le partenariat public-privé doivent
être développés.
Etant donné les différences de
niveau considérables en matière de prospérité économique d’un pays à l’autre,
l’important soutien engagé par les pays développés vis à vis des pays en
développement reste nécessaire :
·
L’Aide
Publique au Développement (APD) doit enfin atteindre au minimum l’objectif de
0,7% du PNB fixé par les Nations Unies. L’utilisation de l’APD doit être
améliorée par une formulation prioritaire transparente et participative et des
études d’impact, le cas échéant au niveau multilatéral, ainsi que par un
renforcement des capacités des bénéficiaires.
·
La
reconversion de la dette doit être encouragée pour favoriser des activités de
développement durable.
·
En vue de
compenser la perte de recettes publiques entraînée par la suppression des
droits de douane (due à la libéralisation des marchés), il convient
d’introduire des mesures fiscales mettant en place le principe pollueur-payeur
et prévoyant la suppression des subventions exerçant un effet pervers sur
l’environnement, ainsi que l’introduction de taxations novatrices, positives
pour l’environnement.
·
Il convient
d’envisager l’introduction de taxes internationales en vue d’accroître les
ressources financières dont disposent les pays en développement pour le
développement durable.
·
Des
facilités de crédit doivent être mises en place pour les investissements à long
terme en faveur du développement durable.
·
Des moyens
financiers doivent être dégagés pour permettre l'application de la Convention
de lutte contre la désertification et plus généralement de l'ensemble des
conventions internationales ayant un impact sur le développement durable.
ACHEVER DES MODES DURABLES
DE CONSOMMATION ET DE PRODUCTION
La croissance
économique doit être radicalement découplée de la dégradation de l’environnement,
ce qui implique la mise en place de cadres politique globaux en matière de
production et de consommation durables basés sur:
·
L'égalité
d'accès de tous les peuples aux ressources naturelles, dans le respect de la
capacité de charge de la planète.
·
Maintenir et
améliorer la qualité de la diversité biologique, et le droit des peuples à un
environnement propre et sain.
·
L’application
du principe de précaution est essentielle pour toutes les politiques
pertinentes.
Les
pays développés doivent reconnaître que leur consommation excessive des
ressources naturelles signifie qu’ils ont acquis une dette écologique vis à vis
du Sud.
·
Les pays
devraient promouvoir des pratiques agricoles durables et une Gestion Intégrée
des Ressources en Eau au niveau des basins versants, et devraient assurer l’accès équitable de la population à
la ressource en prenant en compte les besoins écologiques.
EDUCATION
L’éveil et l’éducation,
l’émergence d’une culture de développement durable conditionnent la réussite
d’un développement durable. Il faut renforcer les capacités et formations des
jeunes. La révision et de nouvelles stratégies et moyens de sensibilisation,
d’éducation, formation et communication conditionnent la gestion efficace des
ressources humaines et l’acquisition des capacités par les plus défavorisés,
pour construire le développement durable. En plus de l’éducation générale pour
tous, l’éducation à l’environnement et
à la viabilité (EEV) doit être systématiquement développée à tous âges dans les
différentes approches formelles et non formelles, ainsi que la formation
professionnelle des décideurs et administrateurs. Une structure réseau
ressource est indispensable, dotée de moyens humains, financiers et techniques,
pour concrétiser les initiatives, encourager les partenariats et échanges
internationaux de jeunes. La création, la valorisation et la vulgarisation,
l’échange et la mutualisation des
connaissances et expériences sont incontournables pour le développement
durable.
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
·
La création,
la valorisation et l’échange de connaissances scientifiques
pluri-disciplinaires et de savoir faire sont indispensables pour atteindre le
développement durable
·
il est
urgent de procéder à un transfert efficace entre les pays de technologies tant
traditionnelles que nouvelles, plus propres, éco-efficaces et appropriées.
Le travail entrepris
au niveau international, bien démultiplié par les Etats, les sociétés civiles,
les entreprises et les collectivités locales, doit être porté par les grandes
régions du monde et particulièrement par les « écorégions » comme
l’est la Méditerranée qui est à la charnière de l’Afrique, de l’Europe et de
l'Asie de l’Ouest.
La mise en œuvre du
développement durable peut être un puissant facteur d’entraînement dans le
destin de cette région dont la fracture Nord-Sud peut se transformer en un
partenariat modèle qui pourrait être exemplaire pour le monde.
Les ONG méditerranéennes soutiennent l'idée d'un "Pacte
Planétaire" prévoyant des engagements clairs et des mesures concrètes
conduisant àl’éradication de la pauvreté, à des modes durables de production et
de consommation, et à l’amélioration des pratiques de gouvernance et des
processus démocratiques à tous les niveaux.
Ce Pacte Planétaire devrait s’accompagner d’initiatives pluri-acteurs
destinées à faciliter le respect des objectifs fixés au plan international. Il
devrait conduire à un mode de mondialisation permettant un développement
équitable complet et durable.
Ce message a reçu le soutien
des réseaux suivants :
1. Amis de la
Terre MedNet, basé à Alicante, un
réseau des offices Nationaux des Amis
de la Terre de 11 pays Méditerranéens y compris Jordanie.
2. Bureau
Européen de l’Environnement (BEE), basé à Bruxelles, une fédération de 135 ONG
de tous les pays Européens.
3. Bureau
d’Information Méditerranéen sur l’Environnement, la Culture et le Développement
Durable (MIO/ECSDE), basé à Athènes, une fédération de 92 ONG de 23 pays
Méditerranéens y compris Jordanie et Portugal.
3.
Environnement et Développement du Tiers Monde (ENDA).
4. Fond Mondial
pour la Nature, WWF Programme Méditerranéen, basé à Rome.
6. Réseau Arabe
pour l’Environnement et le Développement (RAED), basé au Caire, un réseau de
200 ONG de 17 pays Arabes.
7. Réseau
MEDCOAST, basé à Ankara.
8. Réseau
Méditerranéen de Médias en Ecologie, basé à Amman, un réseau de 100
professionels et communicateurs de tous les pays Méditerranéens.
9. Réseau des ONG
de la Méditerranée pour l’Ecologie et le Développement Durable (MED Forum),
basé à Barcelone, un réseau de 113 ONG de 23 pays Méditerranéens y compris
Jordanie et Portugal.