«COOPÉRATION MÉDITERRANÉENNE»

par

Javier Cisneros

Coordonnateur de Projets de Coopération

MED Forum

 


 «COOPÉRATION MÉDITERRANÉENNE»

 

Présentation

Introduction à la coopération dans la Méditerranée

1. Le "développement soutenable": le point de rencontre de la coopération au développement et l’environnement

2. Le rôle des ONGs dans le contexte international

3. Caractéristiques spécifiques de la coopération au développement dans la Méditerranée

A. Proximité des acteurs: le contexte géographique

1. La Méditerranée en tant qu’unité: l’éco-région (écologie)

2. La Méditerranée en tant que frontière Nord-Sud: l’inégalité (économique)

3. Migration et croissance démographiques (démographie)

B. Un des acteurs (celui du Nord) est l’Union Européenne: le contexte politique

4. Le Partenariat Euroméditerranéen

5. Zone de Libre Commerce dans la Méditerranée (ZLCM)

C. Une mer agitée

6. La diversité culturelle

7. Conflits armés

4. Le programme des ONGs pour la «Coopération Méditerranéenne»

Bibliographie (citée dans le texte)

 

Présentation du programme «Coopération Méditerranéenne» de MED Forum

1. Introduction

2. Service d'information: MED Info

3. Banque de Projets

A. Différents niveaux du service et de la participation

B. Comment concevoir les projets?

C. Liste de vérification

D. Exemples en action

4. Construire le concept de «Coopération Méditerranéenne»

Bibliographie

 


PRÉSENTATION

Je voudrais, en premier lieu, souhaiter la bienvenue à tous les assistants au V Forum Environnemental de la Méditerranée (Barcelone, 19 et 20 novembre 1998) et remercier la présence de nos illustres invités. Je tiens à saluer particulièrement les représentants des ONGs provenant de plus de 20 pays de la Méditerranée qui nous accompagnent en ce moment, parce qu’elles constituent la raison d’être de cette rencontre (transparent 1).

Un des objectifs de ce V Forum est d’établir les bases du programme de «Coopération Méditerranéenne» afin d’impulser un codéveloppement soutenable de l’ensemble du bassin méditerranéen. C’est à dire, il s’agit de prévoir le travail à réaliser par les ONGs, en tant que stimulatrices du développement soutenable dans un contexte aussi spécial que l’est la mer Méditerranée. Nous allons y consacrer la séance de ce matin.

D’après le programme prévu, nous allons démarrer la séance à travers une petite introduction sur ce que nous comprenons par «coopération méditerranéenne», puis nous essayerons d’ébaucher les particularités propres à la réalisation d’une tâche aussi vaste que la coopération au développement lorsque nous la limitons au domaine méditerranéen.

Ensuite, nous continuerons avec la présentation et le lancement du programme «Coopération Méditerranéenne» de MED Forum, le réseau des ONGs de la Méditerranée pour l’écologie et le développement soutenable, et qui organise ce V Forum Environnemental de la Méditerranée. Ce programme prétend, d’une part, offrir un service à toutes les ONGs de la Méditerranée pour faciliter leur tâche qui consiste en la réalisation de projets de coopération au développement soutenable, et, d’autre part, créer un point de rencontre des différents acteurs gràce à qui les projets de coopération dans la Méditerranée se mettent en oeuvre: les ONGs, tous les niveaux de l’Administration, les institutions et les organismes internationaux, toutes sortes de donneurs, experts et techniciens, coopérants, volontaires, etc.

Finalement, et ce qui est fondamental, nous avons l’honneur de compter au sein de notre table de débat, avec un groupe dense de personnalités rattachées d’une façon ou d’une autre à la réalité méditerranéenne. Depuis leurs différentes perceptions, expériences et connaissances, elles vont nous aider à ébaucher le rôle que peuvent détenir les ONGs dans la construction d’une meilleure Méditerranée. Le débat est structuré en deux parties. Au cours de la première partie, nous nous réjouirons d’un tour de parole à travers de courtes interventions de nos invités, puis au cours de la deuxième partie, nous élargirons le débat à tous les assistants. Nous tenons, dès maintenant, à remercier la présence de nos invités ainsi que leur gentillesse à travers laquelle ils ont accédé à notre requête. Nous voudrions aussi exprimer l’honneur que représente pour nous le fait de pouvoir compter sur leurs opinions ici aujourd’hui. (Transparent 2).

 


Introduction à la coopération dans la Méditerranée

 

1. Le "développement soutenable": le point de rencontre de la coopération au développement et l’environnement

La première question qu’on peut se poser est la suivante: Pourquoi au sein d’un Forum Environnemental de la Méditerranée parlons-nous de coopération?, pourquoi les ONGs qui provenons du monde de l’écologie nous trouvons-nous aujourd’hui à discuter sur la coopération? La réponse est bien simple: le grand enjeu environnemental de la planète est de parvenir au "développement soutenable" pour l’humanité. La clé se trouve dans ce concept de développement soutenable.

Le "développement soutenable" défend le besoin qu’a le développement de "subvenir aux besoins présents sans pour autant engager la capacité des futures générations pour subvenir aux leurs" (WCED, 1987) et c’est le développement soutenable qui a favorisé la rencontre de deux courants de pensée à l’origine différents: celui qui soutient l’intégrité écologique de la Terre et celui qui agit afin de parvenir au confort des sociétés sous-développées.

Ces deux courants de pensée ont subi, au cours de l’histoire, différentes trajectoires (transparent 3) et nous pouvons considérer la Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement (CNUED), qui a eu lieu à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992, comme étant le point de rencontre de ces deux courants dans le contexte international. Le Sommet de la Terre de Rio suppose l’intersection des deux concepts qui désignent la Conférence par son nom: développement et environnement. C’est à ce niveau que le concept de "développement soutenable" sert de trait-d’union définitif entre la question écologique et la question Nord-Sud.

On peut trouver plusieurs évènements au cours de cette rencontre qui culmine au Sommet de la Terre de Rio:

- 1966. L’ONU crée le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), grâce à la pression des pays sous-développés –appelés alors pays non-alignés ou du tiers monde, dans la logique de la politique des blocs- pour bâtir un nouvel ordre économique international.

- 1972. La Conférence sur l’Environnement Humain à Stockholm (CNUEH) crée le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE): exclusivement environnemental.

- 1980. Le Rapport Brandt révèle le complexe réseau d’interdépendances entre les pays du Nord et du Sud (abandon du terme "tiers monde", caractéristique de la division Est-Ouest) et propose d’abandonner des concepts tels que "assistance" ou "aide" en bénéfice de nouvelles structures pour l’ordre économique international.

- Rapport Brundtland (1987) Notre futur commun. Le PNUE crée en 1983 la Commission Mondiale de l’Environnement et du Développement, présidée par le premier ministre norvégien, pour réaliser ce rapport. Dans celui-ci, le terme "développement soutenable" (introduit préalablement par la UICN) est définitivement adopté: "le développement soutenable doit subvenir aux besoins essentiels de tous et étend à tous la possibilité d’assouvir leurs aspirations vers de meilleures conditions de vie" (WCED, 1987).

[- Viendrait ensuite la FAO en 1989, dans sa tentative d’intégration des questions environnementales au sein du développement: Conférence sur l’Agriculture et l’Environnement (Hollande, 1991)]

- 1992. Finalement, et comme résultat du Rapport Brundtland, la Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement (CNUED) de 1992 a lieu à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992. C’est à partir de là que l’on accepte universellement le concept de développement soutenable.

Mais, que voulons-nous dire par développement soutenable? Ce terme possède une infinité de définitions.

- Même le terme "développement" est un concept imprécis. Grâce à une telle imprécision, personne ne met en doute qu’il s’agit de quelque chose de souhaitable. Par ailleurs, ce terme a tendance à être confondu avec celui de croissance économique, bien qu’heureusement cette vision réductionniste va bientôt être dépassée. C’est au cours des décades des 60 et 70 que de nombreuses idées théoriques ont surgi, concernant le développement et le modèle que devaient suivre les pays sous-développés afin de quitter leur situation précaire, modèle qui n’avait presque jamais aucun lien avec le processus historique unique dont avaient souffert en réalité les pays nommés développés. Aujourd’hui, face à la globalisation et à la progressive libéralisation internationale du commerce, le débat se poursuit.

- Le concept de "soutenabilité" a soulevé lui aussi un large débat. Même au début, de nombreux pays du Sud ont critiqué que depuis le Nord on essayait de qualifier de "soutenable" le développement que ces premiers poursuivaient: était-ce cela, un nouveau piège pour ajourner indéfiniment ce concept?

Loin des discussions théoriques au sujet de la vraie définition de "développement" (uniquement croissance économique ou aussi changements structurels et dans ce cas, quel genre de changements structurels), les ONGs avons défini clairement quel doit être l’objectif prioritaire de la coopération au développement: la suppression de la pauvreté. Autant l’engagement 20:20 du Sommet du Développement Social (Copenhague, 1995), que le document fixant les objectifs du Comité d’Aide au Développement de la OCDE (OECD, 1996), en témoignent.

Quant à la soutenabilité, le travail quotidien des ONGs qui nous consacrons à l’environnement en a éclairci le sens: "amélioration des conditions de vie humaines au sein de la capacité de charge des écosystèmes qui fournissent le support de la vie" (IUCN-UNEP-WWF, 1991).

Cette convergence entre environnement et développement, qui est confirmée à travers le concept "développement soutenable", les ONGs nous l’avions déjà découvert dans la pratique, dans le travail sur le terrain, bien que notre histoire particulière en tant qu’organisations ait eu une origine tantôt dans le domaine de la coopération, tantôt dans celui du souci pour l’écologie. Il s’agit en fait, de constater dans la pratique qu’il n’existe pas de véritable développement si celui-ci n’est pas soutenable et qu’il n’y a pas de véritable protection de l’environnement si l’on ne pousse pas les collectivités à accéder au confort. Le traitement de la question environnement et écologie s’est peu à peu étendu, jusqu’à arriver à comprendre la problématique nord-sud, pendant que la coopération au développement a progressivement découvert l’impossibilité d’impulser le développement du sud sans pour autant concevoir un modèle d’engagement avec le futur environnemental de la planète. L’acceptation universelle du concept de "développement soutenable" sert uniquement à démontrer que notre travail est réussi.

Cependant, cette relation étroite existant entre développement et environnement n’est pas encore tout à fait vraie pour les institutions, les organismes internationaux, la division interne des administrations, les lots budgétaires voire même les politiques gouvernementales. Pour ceux-ci, développement et environnement sont encore divorcés. Dans le meilleur de cas, ils se soucient de l’impact sur l’environnement des projets de développement (EIA: Étude d’Impact sur l’Environnement) ou alors, ils recherchent un impact économique positif dans les projets relatifs à l’environnement.

 

Conclusion: la convergence entre développement et environnement s’est produite sur deux plans:

- Sur le plan théorique, avec l’acceptation universelle d’un "développement soutenable".

- Sur le plan pratique avec la coïncidence sur le terrain de projets d’ONGs "de développement" et d’ONGs "environnementales" ayant les mêmes objectifs.

La coopération dans la Méditerranéene ne peut s’envisager que du point de vue dont découle une telle convergence.

Par ailleurs, nous assistons en ce moment à la convergence d’un troisième acteur dans la coopération internationale, outre les ONGs "de développement" et les ONGs "environnementales". Il s’agit des ONGs "de lutte pour les droits humains" (libertés, paix, démocracie, minorités, femmes, enfants, etc.): il ne peut y avoir un véritable développement sans autonomie individuelle. Ni le "développement soutenable" de Rio, ni l’"index de Développement Humain" (IDH) du PNUD ne rendent encore compte de ce nouvel aspect qu’a pris le développement. Les ONGs, à nouveau, nous coïncidons sur le terrain, mais il est nécessaire maintenant de définir le concept théorique de manière à pouvoir l’englober aussi.

 

2. Le rôle des ONGs dans le contexte international

Après avoir tenté de justifier pourquoi environnement et développement se trouvent indissolublement unis, nous allons maintenant exposer les défis énoncés dans la coopération au développement en général et dans la coopération dans la Méditerranée en particulier.

Contexte (transparent 4): la coopération au développement se met en oeuvre au sein de coordonnées qui marquent cette fin de siècle:

- Universalisation des lois du marché: La fin du véritable socialisme implique, d’un côté, la fin de la structure bipolaire des relations internationales et permet, d’un autre côté, de globaliser l’économie avec l’implantation, à l’échelle de la Terre, de la loi de l’offre et de la demande. Ce triomphe du marché et de ses lois n’a pas été automatique ni spontané, sinon qu’il a été impulsé par ce que l’on a dénommé la pensée unique ou, si on se sent mal à l’aise avec cette étiquette si controversée, la lutte pour les idées néolibérales.

- Persistance de la pauvreté. Malgré ceux qui annoncent l’imminente "fin de l’histoire" grâce à l’universalisation des lois du marché, de la démocracie et de l’abondance, la fracture entre riches et pauvres augmente. Les bourses de pauvreté dans le sud de la planète et dans le sud du nord persistent et même plus, elles s’agrandissent.

- Perte de protagonisme des gouvernements. Les gouvernements, d’un côté, et les organismes internationaux intergouvernementaux qu’ils constituent d’eux-mêmes, d’un autre côté, sont de moins en moins les protagonistes principaux du développement économique. Ils perdent leur pouvoir en bénéfice du capital privé et des entreprises transnationales. Tout cela fragilise encore davantage le contrôle démocratique de la société à l’égard des facteurs qui influencent leur développement.

- Consolidation des ONGs en tant qu’acteurs de la société internationale. Leur récente apparition il y a quelques années dans le contexte international a ouvert la voie à une présence solide et indispensable. Nous assistons à un véritable boom, surtout dans le nord, d’associations de citoyens préoccupés par le maintien d’une participation active dans la société et ses problèmes: associations de tous genres, ONGs, volontariat, etc.

La globalisation de l’économie ne semble pas attirer par elle-même la suppression de la pauvreté ni l’essor du développement soutenable. Bien au contraire. Dans ce contexte, les ONGs nous devons continuer à travailler, et maintenant plus que jamais.

Les défis que nous, ONGs, affrontons sont les suivants (transparent 5):

- Développer un véritable partenariat d’égal à égal entre nord et sud, allant au-delà du simple patronage et du dirigisme de celui qui finance, afin d’accorder le pouvoir à ceux qui doivent être les protagonistes de leur propre développement.

- Augmenter la capacité (capacity building) des ONGs du nord et du sud. Professionalisation, échange d’expériences, connexion au réseau, etc.

- Ne pas se limiter au travail détaillé sur le terrain, mais influencer les mécanismes internationaux qui provoquent la pauvreté. Influencer les politiques nationales et internationales de développement.

- Promouvoir une éthique du citoyen mondial: «la tendance actuelle est de créer ce qui a été qualifié de "coalition transnationale de personnes qui croient en la justice, l’équité et la démocratie, afin d’influencer le processus de développement", par un auteur du sud. En toute sécurité, ces coalitions seront formées par des groupes impliqués dans des causes allant des droits de l’homme jusqu’au développement de l’environnement, des questions nationales jusqu’aux internationales. Ils sont en train de constuire une nouvelle société pour assouvir le changement» (INTERMÓN, 1997).

Tout cela traduit ce qui se passe à l’egard des ONGs et de la coopération dans le monde, mais, que se passe-t-il vis-à-vis de la Méditerranée?

- Nous sommes convaincus que la coopération au développement dans le cadre méditerranéen réunit des caractéristiques qui lui sont propres, spécifiques, différentes, et qui attribuent une nuance indispensable à l’idée générale de ce qui est compris en tant que coopération au développement.

- Nous prétendons concevoir un concept théorique: la "coopération méditerranéenne". Il s’agit d’une étiquette, un lieu commun, un cliché, une expression à travers laquelle, lorsqu’elle sera utilisée, tout le monde sache que nous nous rapportons à cette forme particulière de comprendre la coopération au développement que les spécificités de la Méditerranée exigent.

 

3. Caractéristiques spécifiques de la coopération dans la Méditerranée

Nous allons maintenant analyser quelles sont les caractéristiques particulières que présente la coopération dans la Méditerranée (transparent 6). Dans une première approche, trois aspects évidents sautent aux yeux:

A. La proximité des acteurs: nord et sud sont en contact, ils partagent un voisinage géographique et se répartissent sur les deux rives de la Méditerranée.

B. L’Union Européenne est l’un de ces acteurs: la mer est dominée par la présence dans le nord d’un vaste empire, différent des antérieurs mais également riche et puissant.

C. Une mer agitée. La Méditerranée n’est pas une mer calme: les contrastes et les différences qu’elle abrite soulèvent des tensions qui aboutissent parfois dans un conflit armé.

A. Proximité des acteurs: le contexte géographique

Un des éléments les plus spécifiques de la coopération dans la Méditerranée, et qui n’apparaît pas dans la plupart des autres cas, est la proximité géographique des acteurs intervenant dans le processus (transparent 7).

L’idée de coopération au développement nord-sud est en pleine évolution, partant du concept traditionnel de flux unidirectionnel d’un pays développé vers un pays en voie de développement en ce qui concerne les moyens financiers, techniques et humains qui favorisent l’autodéveloppement du pays récepteur, et allant vers un concept beaucoup plus large de "développement" où la ligne de division entre donneur et bénéficié est loin d’être au clair.

Mais de toutes façons, il y a toujours au moins deux acteurs ou pôles qui interviennent: l’un provenant d’un pays développé, l’autre d’un pays en voie de développement. Il s’agit d’une coopération nord-sud bien que les bénéfices soient réciproques.

Dans le cas de la Méditerranée, ces acteurs appartiennent à une même unité géographique, ils sont très proches dans l’espace, ils partagent une relation de voisinage. Exemple: une ONG danoise dirigeant un service de microcrédits au Guatemala, ou bien une ONG espagnole construisant des puits en Inde ne revient pas au même qu’une ONG italienne qui déploie le lancement d’une coopérative agricole pour des jeunes chômeurs en Albanie.

Conclusion: Ce facteur géographique cause une série de caractéristiques propres à la coopération méditerranéenne, une série de conséquences que nous allons analyser dans ce qui suit.

1. La Méditerranée en tant qu’unité: l’éco-région (écologie)

On questionne aujourd’hui l’existence de la Méditerranée en tant qu’unité ou système de degré inférieur régional dans le contexte des relations internationales. D’un point de vue politique, économique voire même historique et culturel, on n’accepte pas qu’elle puisse former un tout. Les raisons à alléguer reposent sur l’existence d’énormes différences à son égard:

- économiques,

- entre civilisations et religions, et

- les différences politiques entre démocratie et systèmes authoritaires.

Il est évident que la Méditerranée n’a pas une position d’acteur homogène ni dans les questions politiques, ni dans celles concernant l’économie mondiale. Elle n’a pas vocation à devenir une unité politique ni n’agit en tant que bloc économique.

Elle n’existe pas non plus en tant qu’unité, du point de vue théorique d’après les manuels de géographie économique ou géographie politique, ni dans la plupart des bureaux régionaux des organismes internationaux et des agences multilatérales (à de rares exceptions près: le PAM du PNUE, le METAP de la BM et de la BEI ou le Partenariat Euroméditerranéen de l’UE). Paul Balta (Balta, 1992) dénonçait déjà en 1992 la profonde déstructuration de la Méditerranée comme un tout. Cela revient à dire qu’il se produit des contradictions telles que celle de l’Union Européenne ne considérant pas la Croatie comme un pays méditerranéen —elle est exclue du Partenariat Euroméditerranéen— et que, au contraire, tous les manuels considèrent ce pays comme faisant partie intégrante des PECOs ou pays du centre et de l’est de l’Europe.

On nous accuse même, d’un point de vue historique et culturel, de romantiques, nous tous qui défendons une unité culturelle profonde entre les méditerranéens, une forme de comprendre la vie partagée depuis Algeciras jusqu’à Istanbul, une philosophie de la vie véritable et commune. On oppose à celle-ci l’évidence des diversités religieuse, des langues et de la civilisation, qui nous sépare et qui se manifeste de manière stupéfiante dans les phénomènes externes comme le sont l’architecture religieuse ou la façon de s’habiller et dans des phénomènes plus graves comme l’est le rôle social de la femme.

C’est uniquement à partir d’une approche géostratégique qu’on attribue cette unité à la Méditerranée: c’est le terrain des opérations militaires de la VI flotte des États Unis. C’est à dire, c’est un lieu clé pour l’approvisionnement et le transport d’hydrocarbures vers l’occident.

Mais il existe, outre le géostratégique, un autre point de vue sous lequel l’unité méditerranéenne est inquestionnable: le point de vue de l’environnement. Nos bassins hydrographiques déversent dans une même mer, nous nous réjouissons d’un même climat et notre paysage est l’un des plus "civilisés" de la planète à cause d’une activité anthropique (de l’homme) millénaire. Les problèmes et défis relatifs à l’environnement sont communs à tous les pays, et ceux qui interviennent dans un lieu déterminé, comme dans tout écosystème, affectent l’ensemble. Celle-ci est l’unité méditerranéenne que personne ne questionne: celle concernant l’écologie.

[Nous laissons de côté, cependant, le problème des limites géographiques précises du système méditerranéen, mais nous excluons hors de ses limites, par habitude, la mer de Marmara et la mer Noire.]

Tous les assitants ici présents connaissons les grands défis relatifs à l’environnement de la Méditerranée, et nous en avons parlé dans les séances d’hier sur notre Agenda 2000: gestion intégrée de l’eau, gestion intégrée des déchets, gestion intégrée des zones côtières (IMCZ), lutte contre la désertification, protection de la biodiversité, tourisme soutenable, etc. Et si les représentants d’un extrême à l’autre de la Méditerranée sommes réunis ici, c’est parce que nous savons qu’il s’agit de problèmes partagés. Nous sommes la preuve secrète que la Méditerranée forme une unité.

D’où l’importance des ONGs étroitement liées à l’environnement dans le but de structurer la Méditerranée en tant qu’unité commune. Ses problèmes sont communs et en rapport les uns avec les autres, et les efforts à fournir pour les solutionner dans un lieu déterminé, se transforment en expériences aplicables dans d’autres endroits.

Conclusion: la Méditerranée constitue une unité inquestionnable du point de vue de l’environnement: c’est une éco-région. Quelles en sont les conséquences au regard de la coopération au développement entre les pays du bassin? Toute action portée dans le domaine de la coopération au développement dans la Méditerranée:

- produit des effets sur l’ensemble et sur les acteurs des deux pôles, et ont un impact beaucoup plus grand que s’il s’agissait d’une tâche réalisée à "longue distance",

- met en évidence le besoin d’un co-développement qui aille au-delà du concept unidirectionnel d’assistance qui persiste encore parmi des acteurs n’appartenant pas au même contexte géographique, et

- considère davantage la soutenabilité, l’impact sur l’environnement, parce que l’on partage et l’on connaît la même réalité éco-régionale.

2. La Méditerranée en tant que frontière nord-sud: l’inégalité (économie)

Le déséquilibre économique et relatif au développement humain existant sur la Terre constitue, malheureusement, la raison d’être de la coopération au développement.

Par conséquent, nous ne pouvons pas considérer un trait spécifique et différentiateur de la coopération méditerranéenne qui s’établisse entre les deux pôles séparés par une injuste division des richesses.

Le trait caractéristique qui découle de la proximité géographique, c’est le fait que ces pôles soient intimement liés, et gardent une étroite relation de voisinage. Tout au long des côtes d’une même mer partagée, apparaissent un nord et un sud économiques qui coïncident pratiquement avec le nord et le sud géographiques.

Nous ne prenons pas en compte, cependant, dans la Méditerranée, les pays nommés moins favorisés ou moins développés ou moins avancés (PMA), d’après un barême reposant exclusivement sur la répartition du PNB (GNP) par habitant. Il n’y a pas non plus de pays avec un bas "Index de Développement Humain" (IDH inférieur à 0,500), par contre, l’index moyen existe (de 0,500 à 0,799), d’après la classification du PNUD (rapport 1997).

Quelques données sur les différences économiques:

- La relation entre le revenu moyen par habitant dans les États membres de l’UE et le reste des pays méditerranéens non membres est de 1 a 20.

- L’"Arc latin" (Espagne, France et Italie) accumule le 88% du PIB de l’ensemble de la Méditerranée avec seulement le 42% de sa population.

- L’Europe méditerranéenne consomme le 80% de toute l’énergie qui est consommée dans la mer Méditerranée (un 9% de la consommation d’énergie mondiale)

Mais, cependant, il existe un fort degré d’interdépendance:

- Dépendance commerciale du sud: l’UE représente le 40% du total des exportations des pays arabes de la zone (pour la Tunisie, ce chiffre atteint le 79%), qui par contre représentent uniquement un 4% du commerce extérieur communautaire.

- Dépendance stratégique du nord: les pays méditerranéens non membres de l’UE apportent le 20% de toute l’énergie que celle-ci consomme dans son ensemble (un pourcentage plus élevé pour l’"Arc latin").

Une autre situation similaire concernant le voisinage nord-sud et qui nous traverse l’esprit est celle qui se produit à la frontière entre les États Unis et le Méxique, où le Rio Grande sépare un nord riche et oppulent de la pauvreté du sud.

La coopération nord-sud, losqu’elle se produit, comme dans le cas de la Méditerranée ou des États Unis, entre voisins proches et interdépendants perd souvent son caractère solidaire et désintéressé. La motivation pour cette coopération repose sur les intérêts du nord de ne pas voir menacés ses quotas d’abondance, plutôt que de faciliter l’accès à l’abondance aux populations du sud. C’est ainsi qu’il y a une rupture de l’inertie du nord visant à vivre dans son isolement doré et qu’il se mobilise pour rétorquer à ce qu’il comprend comme une menace.

L’approche du problème n’est pas alors l’aide gratuite

mais la recherche d’avantages économiques pour le nord:

- Investir dans le sud pour tirer profit de l’avantage comparatif d’une main d’oeuvre plus économique (sans pour cela arriver à ce que l’on a nommé par erreur le dumping social, ou avantage déloyal, suscité par un coût de protection sociale des travailleurs rare voire nul).

- Libéraliser progressivement l’accès commun aux marchés, bien que le bénéficié soit souvent le nord.

- Créer des emplois dans le sud pour éviter l’immigration dans le nord.

 

3. Migration et croissance démographique (démographie)

Il se produit une forte tendance migratoire du sud vers le nord méditerranéens. Ses principales raisons sont l’inégalité économique et la proximité géographique. Mais il y a, par ailleurs, d’autres facteurs qui la favorisent:

- Des différences accablantes dans les taux de fertilité et de croissance démographique entre les pays du sud et ceux du nord.

- Vieillissement du nord (avec une pyramide des âges inversée) face à la jeunesse du sud.

- Impossibilité d’absorption de la demande laborale du sud: chômage et déruralisation.

- Injustice dans la répartition des richesses dans le sud, aggravée par les politiques d'austérité structurelle favorisant la dualité sociale.

Dû à ces deux premiers facteurs, dans les prochaines années la supériorité démographique du nord ayant besoin de la population active du sud s’inversera. C’est pourquoi Sami Naïr parle, non pas de fluxe migratoire, mais d’"interdépendance, des processus d’intéraction structurelle de la population entre les deux rives de la Méditerranée" (Naïr, 1998a).

Plus de 6 millions de personnes originaires de pays méditerranéens non membres de l’UE vivent actuellement dans des États de l’Union Européenne. Leur provenance est de 50% de la Turquie, de 22% du Marroc et de 12% de l’Algérie. Leurs destinations sont prioritairement l’Allemagne (43%) et la France (32%). Uniquement le 38% choisi un autre pays méditerranéen pour destination (la France inclue). [Nous pourrions ajouter 2 millions de maghrébins naturalisés en France].

Comment est-ce que tout ceci atteint la coopération?

Dans la Méditerranée, le moteur impulsant la coopération ou la préoccupation pour ce qui arrive dans le sud se met en route lorsque l’immigration qui en provient est perçue comme une menace. Une des tâches fondamentales des ONGs qui sommes engagées vis-à-vis du développement soutenable est d’inverser cette perception.

L’émigration vers le nord est un des facteurs les plus importants de la coopération au développement lorsque nous la concevons dans un sens large. Si nous pouvons dépasser le concept traditionnel de la coopération comme un flux d’"assistance" du nord vers le sud, nous pourrons montrer que l’émigration fournit une des plus grandes poussées au développement, en plus d'engendrer des richesses dans le pays récepteur: "..les transferts de fonds financiers et de marchandises relatifs à l’immigration dépassent de loin en volume les aides bilatérales et multilatérales apportées à ces pays [du sud]. En fait, moyennant ces transferts, l’immigration contribue au développement du pays d’origine, de même qu’il contribue à celui de son pays d’accueil grâce à son travail. C’est la quintessence du codéveloppement" (NAÏR,1998). L’immigration doit être perçue donc comme un instrument de développement et non comme une menace.

La coopération peut par ailleurs utiliser ce flux comme un levier pour le développement dans leurs pays d’origine. Aujourd’hui le grand défi de nombreuses ONGs du nord est d’intégrer les immigrants dans les projets qu’ils mettent en oeuvre dans leurs pays d’origine.

Cependant, l’Union Européenne a criminalisé l’immigration. Annuellement, 20.000 personnes arrivent clandestinement sur les côtes espagnoles depuis le sud: à peu près la moitié sont détenues. L’Europe de Schengen est aussi la "forteresse européenne": l’Europe des sans papiers.

 

Conclusion: la coopération dans un contexte de flux migratoire croissant comme dans le cas méditerranéen ne peut être motivée par un intérêt protectionniste du nord, mais au contraire par une vision élargie de l’interdépendance structurelle de la démographie des deux rives, qui puisse concevoir la coopération au développement comme un véritable codéveloppement, juste, soutenable et réciproquement avantageux.

 

B. Un des acteurs (celui du nord) est l’UE: le contexte politique

C’est le deuxième grand trait caractéristique de la Méditerranée (transparent 8): la présence du géant communautaire.

Les caractéristiques de l’UE:

- Elle forme un bloc économique déjà consolidé: l’union monétaire.

- Elle est en attente de décision au sujet de sa constitution en tant que véritable unité politique.

- C’est une des zones les plus riches du globe.

- Il s’agit d’une expérience historique unique: une architecture supranationale surgie de la volonté des États membres.

- C’est un projet qui, bien qu’il comprenne des pays méditerranéens et laissant de côté son agrandissement vers l’est, est dirigé et conduit par les États du centre et nord de l'Europe.

Les raisons de la volonté communautaire de coopérer avec le sud, avec son sud dans ce cas (un sud proche et donc menaçant), sont des raisons intéressées, n’ayant rien à voir avec l’altruisme:

a) raisons préventives: sentir menacée la sécurité de la "forteresse européenne". Ce sud peut menacer la société de l’abondance réussie dans le nord, à cause de:

- les migrations (comme nous avons déjà vu),

- la dépendance energétique,

- l’absence de paix et de stabilité sociale dans le sud, et

- la dégradation de l’environnement dans un milieu partagé à cause de la croissance économique du sud.

b) raisons prospectives: construire une vaste région qui soit capable de rivaliser dans un monde à tendance vers la tripolarité économique.

Dans ce contexte, cependant, se sont produites les deux grandes réalisations de l’ouverture de l’UE au reste de la Méditerranée:

1. le Partenariat Euroméditerranéen et

2. la création d’une future Zone de Libre Commerce dans la Méditerranée (MFTZ: Mediterranean Free Trade Zone).

Mais il ne faut pas oublier que, d’un côté il y a la Méditerranée —bien que l’on ne connaît pas exactement sa limite territoriale—, et d’un autre côté, l’association ou collaboration formée par l’UE —comprenant aujourd’hui 15 pays parmi lesquels seulement 4 sont méditerranéens— et le reste des pays méditerranéens —mais pas tous—. [Certains des pays exclus comme la Slovénie et la Croatie peuvent devenir membres de l’UE, mais, que va-t-il se passer avec la Lybie ou l’Albanie?]. La Méditerranée peut difficilement concevoir, en tant que priorité ou objectif, une association de ce type.

 

4. Le Partenariat Euroméditerranéen

La Conférence Euroméditerranéenne de Barcelone, en novembre 1995, marque l’histoire dans la politique de l’UE vers la Méditerranée. Elle suppose le point d’arrivée d’une politique extérieure pour la Méditerranée qui compte sur d’autres précédents:

- Elle commence avec la "Politique Globale Méditerranéenne" impulseé par la France de Pompidou en 1972, face à l’élargissement de la CEE avec le Royaume Uni, l’Irlande et le Danemark. Mais à la différence des accords de Lomé avec les anciennes colonies des pays ACP (Afrique-Caribe-Pacifique), on ne recherche pas des accords groupe-groupe —multilatéralisme régional—, mais des accords bilatéraux de l’UE avec chaque pays pris séparément —bimultilatéralisme—.

- Dans les années 90, d’un côté, l’érosion du système bipôlaire après la chute du mur de Berlin (1989), permet la volonté allemande d’ouverture vers l’est et la France cherche le rééquilibre communautaire en prenant comme orientation la Méditerranée. D’un autre côté, la situation du sud de la Méditerranée se détériore avec la Guerre du Golfe (1990-91) et les conflits en Algérie. Ce qui provoque que l’intérêt des pays latins —auxquels l’Espagne s’est déjà incorporée— et celui de la Commission Européenne, présidé par Jacques Delors, coïncident dans le besoin de mettre à jour une politique communautaire pour la Méditerranée. Le résultat en est la "Politique Méditerranéenne Rénovée" de 1992 qui prétend changer la coopération en un véritable partenariat et aller au-delà des questions économiques, tout en se préoccupant des problèmes de sécurité globale.

Par conséquent, nous pouvons dire que la politique communautaire vers la Méditerranée:

- est tardive: il a fallu attendre 15 ans depuis la création de la CEE en 1957 pour assister à ses premières formulations en 1972.

- a été davantage motivée par des facteurs d’equilibre interne de la CEE absolument étrangers à la Méditerranée que par un véritable intérêt de l’UE à l’égard de la région.

La Conférence Euroméditerranéenne, célébrée à Barcelone au cours de la présidence espagnole de l’UE, entraîne un changement de ces initiatives antérieures. Elle réunit, pour la première fois, les 15 ministres des Affaires Extérieures de l’UE et de 12 pays de la Méditerranée non communautaires (Marroc, Algérie et Tunisie / Egypte / Israël, Palestine, Jordanie, Syrie et Liban, / Chypre et Malte / Turquie) pour la première fois dans l’histoire. La rencontre a d’ailleurs un caractère symbolique, étant donné que des représentants de la Syrie, le Liban et Israël se sont assis à la même table, évènement qui ne s’était pas produit depuis la Conférence de Madrid en 1991. Les non invités sont: la Lybie, l’Albanie et les républiques ex-yougoslaves. L’UE se préoccupe de la sécurité européenne dans un sens global et s’intéresse à la stabilité politique et économique de la région. C’est dans ce but qu’elle met en route le Partenariat Euroméditerranéen, en tant que processus parallèle et symétrique par rapport à sa politique vers l’est de l’Europe, et qu’elle mise pour le développement d’un grand bloc commercial.

La Déclaration de Barcelone recueille les accords de la Conférence Euroméditerranéenne de 1995 dans trois domaines ou "paniers":

- Collaboration politique et sur la sécurité: définition d’un espace commun de paix et stabilité.

- Collaboration économique et financière: création d’une zone de prospérité partagée.

- Collaboration dans les domaines social, culturel et humain: développement des moyens humains, encouragement à la compréhension entre cultures et aux échanges entre les sociétés civiles.

En tant que nouveauté, la Conférence Euroméditerranéenne compte sur la participation de la société civile dans le processus: le Forum Civil Euromed (coordonné par l’Institut Català de la Mediterrània), réunit aussitôt après la Conférence plus de 1.000 représentants d’agents sociaux, économiques et culturels, avec l’intention de couvrir les contenus des accord politiques de la conférence.

L’instrument financier qui est créé par l’UE est le MEDA que nous connaissons tous.

Mais le Partenariat Euroméditerranéen a échoue, dû à:

- Contamination à cause du conflit arabe-israëlien.

- Déplacement de l’intérêt communautaire vers les PECOs et les anciennes républiques soviétiques (CEE & NIS countries: Central and Eastern Europe and Newly Independents States)

- Des intérêts opposés entre les États Unis et l’UE par rapport à la gobalisation, en général, et à la Méditerranée, en particulier.

La preuve en est que la Deuxième Conférence Euroméditerranéenne tenue à Malte (mai 1997) n’avait pas approuvé la Charte de Sécurité et Stabilité dans la Méditerranée.

 

Conclusion: Nous pouvons aujourd’hui nous questionner pour savoir s’il y a une volonté politique décisive de la part de l’UE et de ses états membres afin de travailler pour la Méditerranée, ou bien si le Partenariat a été un succès passager de la présidence espagnole de l’UE.

 

5. Zone de Libre Commerce dans la Méditerranée (MFTZ)

La Conférence Euroméditerranéenne de Barcelone et sa Déclaration (1995) prévoient la création d’une Zone de Libre Commerce dans la Méditerranée dans l’an 2010 entre l’UE et les 12 membres du partenariat, comme résultat final des accords bilatéraux qui doivent se mettre en route. Ce bilatéralisme marque la différence par rapport à d’autres accords économiques de l’UE, tels que les Conventions de Lomé avec les pays ACP (Afrique, Caribe et Pacifique), fondés sur un multilatéralisme régional.

Il existait déjà des relations spéciales avec la Turquie —qui acceptait à l’époque le tarif extérieur commun de l’UE— et avec Chypre et Malte —qui négociaient leur adhésion—. De nouveaux accords ont été signés, certains d’entre eux précédant la Conférence —Tunisie (juillet 1997) et Israël (novembre 1997)—, d’autres à postériori —Marroc (février 1996), Authotité Nationale Palestine (février 1997) et Jordanie—. Ensuite, seront signés les accords avec l’Egypte, le Liban, l’Algérie et la Syrie.

Il s’agit de créer une "zone de prospérité partagée" grâce à la suppression progressive des barrières douanières, autant des droits que des taxes, par rapport aux importations et à l’augmentation des exportations de certains produits et services à l’aide de quelques avantages comparatifs. Mais il faut surmonter de nombreux défis:

- Les différences économiques entre l’UE et les reste des membres

- Le protectionnisme agricole de l’UE

- La dette extérieure

- La relation bilatérale "privilégiée" entre certains États membres de l’UE et d’autres non membres.

Miser sur la création d’une MFZT implique une nette volonté politique des pays du sud et de l’est de la Méditerranée d’ouverture à la mondialisation de l’économie et, par conséquent, de se soumettre au défi de la concurrence avec tout ce que cela puisse impliquer.

D’après notre exposé préalable, la deuxième expérience connue relative à la création d’une zone de libre commerce entre les pays du nord et ceux du sud repose sur le Traité du Libre Commerce (FTA), entre le Canada, les États Unis et le Méxique, qui est créé par la NAFTA (North American Free Trade Area).

La création de la MFTZ "peut provoquer un grave impact sur le développement physique et économique de la région, ses écosystèmes et ses ressources naturelles" (Bromberg, 1998) (transparent 9). Si on culmine avec succès dans la création de cette zone de libre commerce, on en attend une croissance économique du sud et de l’est de la Méditerranée. Une telle croissance peut s’avérer dangereuse pour le "développement soutenable" du bassin:

- Le développement industriel aura un impact négatif sur les écosystèmes naturels, moyennant une augmentation des secteurs polluants: est-ce que ceux-ci pourront l’absorber?

- La quantité de déchets augmentera: est-ce que le sud disposera d’une capacité suffisante pour pouvoir les gérer?

(Si on résume les deux paragraphes ci-dessus: est-ce que le sud disposera d’apports de fonds et de transferts technologiques suffisants pour assouvir les standards de l’environnement qu’on lui impose dans le but d’harmoniser les législations de la zone de libre commerce?)

- Danger de dumping écologique (pollution havens): tentative de réduire la législation portant sur les standards de l’environnement pour favoriser la délocalisation des industries du nord vers le sud et attirer les investissements étrangers et/ou orienter les exportations vers des pays moins exigents que l’UE.

- Une littoralisation encore plus poussée de l’activité économique.

Néanmoins, la croissance économique fournira aussi une série d’avantages:

- L’amélioration des conditions de vie (qui implique par ailleurs une augmentation du degré de prise de conscience sur l’environnement).

- L’augmentation des investissements étrangers.

- Le tranfert de technologies relatives à l’environnement.

- Le renforcement des standards légaux relatifs à l’environnement (dû à l’harmonisation des relations avec le nord).

Solutions:

1. Les sujets concernant l’environnement doivent s’incorporer explicitement et dès le début dans le plan et mise en oeuvre de toute négociation orientée vers la création d’une zone de libre commerce. Même plus, le sujet concernant l’environnement doit devenir une partie intégrale des textes en rapport avec les accords de libre commerce et ne pas constituer, comme il est arrivé dans le passé avec d’autres expériences de zones de libre commerce (NAFTA), une dimension accessoire ou secondaire qui finit souvent comme une voie sans issue du processus.

2. L’harmonisation des législations sur l’environnement, malgré la difficulté que celle-ci renferme à faire participer autant d’États, doit avoir lieu et ne pas tomber dans un protectionnisme déguisé.

3. Les politiques et stratégies de développement doivent basculer nettement vers la soutenabilité et oublier les modèles développistes traditionnels.

4. Le rôle des ONGs peut devenir essentiel dans la réalisation d’un suivi du processus et dans sa participation. Pour y aboutir, il est nécessaire, cependant, que dans de nombreux États, la législation et la volonté politique des gouvernements encouragent ce rôle des ONGs:

1. Faciliter et garantir l’accès à l’information de la part des ONGs et des organisations de citoyens.

2. Favoriser la réalisation d’un suivi externe des politiques de développement et environnement et des projets de la part des ONGs.

3. Stimuler la participation des ONGs dans l’élaboration des politiques et des pojets.

4. Impulser l’exécution conjointe de projets: en finençant des projets des ONGs ou en demandant leur exécution.

La création d’une Zone de Libre Commerce dans la Méditerranée est un but à atteindre dans l’acheminement vers un véritable codéveloppement. Ceci impliquera une expérience unique dans le monde de la coopération nord-sud, puisque la disparité économique entre le nord et le sud de la Méditerranée est beaucoup plus grande que celle qui existe entre le Méxique et ses voisins du nord. Son succès ou son échec peut avoir des conséquences allant au-delà de la région méditerranéenne.

 

C. Une mer agitée

Jusqu’à présent nous avons insisté sur ce qui confère unité et cohérence à la Méditerranée, ou sur les actions ayant pour objet de lui donner davantage d’importance. Mais ce qui saute aussi aux yeux, c’est qu’il s’agit d’une mer de contrastes, d’affrontements et de conflits. Ce n’est pas une mer calme (transparent 10).

Le cliché fonctionne encore une fois: la Méditerranée est une mer, berceau de civilisations et brassage culturel. Ce qui équivaut à dire qu’elle a été au cours des siècles décor de conflits et affrontements, mais aussi un cadre idéal pour le commerce et les échanges.

 

6. La diversité culturelle

La Méditerranée, rencontre entre l’Occident et le reste. La Méditerranée, en plus de représenter une des voies de contact entre le nord et le sud économiques du globe, est aussi le point de rencontre entre l’Est et l’Ouest. Dans le contexte de l’après-guerre froide, il ne s’agit plus, cela est vrai, de la division entre les blocs capitaliste et soviétique —qui ne passait pas par ici, sinon à travers le "rideau de fer"—, mais de la culture occidentale et du reste. C’est le lieu de rencontre entre ce que le professeur Samuel Huntington a résumé d’une façon malencontreuse moyennant l’expression "The West and the Rest" (Huntigton, 1993). Dans la Méditerranée, on trouve d’une part, des pays qui respectent les stéréotypes de la société occidentale, héritière de deux révolutions, la révolution française et la révolution industrielle. Cependant, on trouve aussi d’autre part, des pays dont la civilisation a d’autres origines.

Dans les dernières années, des politologues tels que le professeur de Harvard, Samuel Huntington, ont tenu à souligner cette rupture civilisationnelle au sein de la planète. Huntington divise le monde en 8 civilisations, trace ses frontières et affirme que les futures guerres mondiales, si jamais elles se produisent, auront pour décor notre mer, où des civilisations limitrophes entrent en conflit. Laissant à part l’arbitraire des divisions qu’il établit et le côté simplificateur de ses exposés, les théories de Huntington ainsi que d’autres auteurs ne dissimulent point le fait d’être une justification ad hoc de la politique extérieure des États Unis. La première puissance du globe continue ses tentatives au sujet de quel doit être le discours qui puisse justifier sa politique extérieure, mais pendant ce temps, il lui suffit de "sataniser" ses ennemis à travers les médias et l’université.

Nous ne partageons pas la thèse de Huntington. Nous n’allons pas nier l’existence de différentes civilisations sur les côtes de la Méditerranée et leur affrontement au cours de plusieurs conflits armés au sein du bassin. Toutefois, s’il y a un lieu où l’on peut établir le dialogue interculturel, c’est bien la Méditerranée. Nous sommes enfants de guerriers et envahisseurs, mais aussi de commerçants et de philosophes. La cohabitation millénaire autour d’une même mer a provoqué des affrontements et des guerres mais aussi des échanges commerciaux et culturels. Il est vrai que dans la Méditerranée, différentes cultures y cohabitent et que leurs relations ne sont pas harmonieuses, comme dans de nombreuses occasions au cours de notre histoire commune. Mais c’est aussi la Méditerranée qui a fourni les plus grands exemples de cohabitation respectueuse et pacifique. Les ONGs qui sommes aujourd’hui ici réunies, en sommes la preuve: au-delà —ou au-deçà— des conflits qui puissent affronter nos États ou gouvernements, nous prouvons la volonté et la capacité de la société civile méditerranéenne, non seulement dans l’entente mais aussi dans un travail en commun.

Personnellement, je me sens méditerranéen et je sais que je suis occidental, mais je me sens beaucoup plus capable que le reste des occidentaux —surtout, de ceux qui sont plus au nord et de ceux qui pensent comme le professeur Huntington— pour accepter et respecter le fait que d’autres groupes humains recherchent à s’articuler politique et socialement en dehors de coordonnées imposées par l’occident, sans pour autant les tenir pour trompés ou retardés et sans qu’ils deviennent une menace à l’égard de mon "occidentalité". Même au risque d’être accusé de romantique, je crois fermement dans l’existence d’un fonds, d’un héritage culturel partagé, qui puisse changer la Méditerranée, non seulement en un climat, un paysage ou une gastronomie, mais aussi en une façon de comprendre la vie.

Cette "méditerranéité" est, depuis mon point de vue, une arme servant à affronter le défi de bâtir une cohabitation pacifique entre tous les peuples de notre mer. Le monde a besoin que nous gagnions cette manche.

[Si j’avais à choisir entre devenir un occidental ethnocentrique et bélligérant, et devenir un méditerranéen interculturel et pacifique, je garde le second et "renie" de mon occidentalité].

Ce qui vraiment existe, malheureusement, dans la Méditerranée, c’est une rupture démocratique: l’existence de régimes politiques non démocratiques est une réalité que personne ne discute; des régimes authoritaires, à respect précaire envers les droits humains, dépourvus de droits politiques, irrespectueux envers leurs citoyens et leurs organisations de base, etc.

 

Conclusion: les différences culturelles dans la Méditerranée sont une réalité, néanmoins pour parvenir à une véritable coopération au développement, nous ne devons pas être dupes à l’égard de l’instrumentalisation politique qui est instituée sur ces différences.

 

7. Conflits armés

La coopération au développement se réalise souvent dans des lieux à conflits. La menace d’un prochain conflit armé ou l'amertume issue du dernier, constituent souvent le cadre habituel de nombreux projets. La menace repose aussi sur le fait que la coopération nord-sud puisse s'assombrir par la mémoire de la colonisation et la persistance de la réticence d’anciennes colonies vis-à-vis de la coopération d’anciens colonisateurs.

Qu’a-t-il donc de particulier le fait que la coopération dans la Méditerranée soit souvent encadrée par un paysage de conflit manifeste ou latent? Seulement et exclusivement la nature et l’origine de ces conflits.

D’après l’expert en la matière, Paul Balta (BALTA, 1997), nous pouvons classer les conflits de la Méditerranée en deux grands groupes: les conflits héritage d’une longue histoire et les conflits propres à la situation de la seconde moitié du XXè. siècle.

Les conflits héritage de l’histoire trouvent leur origine dans le fait que la Méditerranée est le berceau des trois religions monothéistes révélées:

1. Le conflit arabe-israëlien

2. Les affrontements au sein de l’ex-Yougoslavie: serbes orthodoxes, croates catholiques et musulmans bosniens.

3. Les conflits ethnico-religieux:

- Affrontements entre grecs et turcs à Chypre.

- La question arménienne.

D’autres conflits ont une origine plus récente, dans la deuxième moitié de ce siècle:

4. Conflits territoriaux frontaliers issus de la décolonisation:

- Maghreb: Algérie-Tunisie, Algérie-Marroc, etc.

- Sahara Occidental

- Egypte-Soudan

- Syrie sur Alejandreta et Liban

- Palestine

5. Conflit entre communautés appuyées par différentes puissances régionales: le Liban est le cas emblématique.

6. Conflits avec les minorités:

- Pays Basque

- Corse

- Kosovo

- Kurdes

- Berbères

- Exode silencieux des chrétiens d’Orient: Jérusalem, Egypte, etc.

7. Instrumentalisation de l’Islam avec une finalité politique: provoque des conflits avec des groupes armés à:

- Algérie

- Egypte

- Lybie

- Palestine

- Syrie (on est parvenu à un accord)

Et au sein de la typologie établie par Paul Balta, nous nous permettons d'établir dans ce groupe de conflits d’origine récente, un troisième groupe de conflits ou mieux encore, de causes de conflits:

8. Affrontements internes entre régimes authoritaires et les défenseurs des droits humains

9. Déséquilibre économique entre le nord et le sud

10. Flux migratoire vers le nord (perçu par le nord comme une menace: xénophobie associée)

11. Contrôle sur l’eau (cela est déjà arrivé dans le Plateau du Golan)

12. Dépendance énergétique du nord: hydrocarbures et gasoductes.

13. Rivalité stratégique Europe-États Unis dans la Méditerranée (commandement à l’égard de l’ OTAN)

Certains conflits sont exclusivement méditerranéens: 1. Le conflit arabe-israëlien, 2. ex-Yougoslavie, 7. Instrumentalisation politique de l’Islam (bien que cela arrive aussi dans d’autres régions) et Rivalité stratégique Europe-États Unis.

D’autres, propres des conditions de la Méditerranée peuvent se produire dans d’autres lieux réunissant les mêmes caractéristiques quant aux ressources naturelles: 11. Contrôle sur l’eau (il a déjà eu lieu dans le Plateau du Golan) et 12. Dépendance énergétique du nord: hydrocarbures et gazoductes.

D’autres sont partagés avec d’autres zones de contact entre le nord et le sud (comme Méxique-États Unis): 9. Conflit nord-sud et 10. Flux migratoire.

 

4. Le programme des ONGs pour la «Coopération Méditerranéenne»

Nous avons exposé les facteurs écologiques, économiques, politiques, démographiques, civilisationnels, belligérants, etc. dans le cadre de la Méditerranée. Nous les avons groupé autour des trois caractéristiques qui nous semblaient indispensables de prendre en compte afin de mener à terme la tâche de coopération dans la Méditerranée:

A. La proximité des acteurs: dans la Méditerranée, le nord et le sud sont en contact.

B. L’UE est un des ces acteurs.

C. La Méditerranée est une mer agitée.

Dans un tel cadre apparaissent les principaux problèmes de la Méditerranée, quels sont ces problèmes? (transparent 12). Malgré un apparent excès de simplification, nous pouvons les grouper en trois blocs:

1. Inégalité économique: niveaux inégaux de développement dans les deux rives et problèmes associés (flux migratoires, dépendance commerciale du sud, dépendance énergétique du nord, etc.)

2. Problèmes écologiques: la soutanabilité du bassin est menacée.

3. Conflits armés.

Dans ce cadre, sous de telles conditions, les ONGs méditerranéennes devons mener à terme notre tâche: à l’aide de ces rameaux d’osier, nous devons constuire notre panier. Est-ce qu’un travail de coopération dans ce contexte est possible? Est-il possible de mettre en oeuvre une «Coopération Méditerranéenne»? Nous croyons que la coopération dans la Méditerranée est précisément dans le travail ensembles pour résoudre les problèmes communs de la Méditerranée. Ce qui implique de travailler pour un véritable "développement soutenable" de la Méditerranée, c’est à dire, d’améliorer les conditions de vie de ses habitants dans un contexte de soutenabilité et de paix.

Comment peuvent participer les ONGs de la Méditerranée? Et, quelles seront les particularités d'une telle coopération face à la coopération dans d’autres lieux? L’ensemble de ces caractérstiques analysées au préalable convergent vers la Méditerranée et rendent la coopération ici différente en quelque sorte de celle qui est mise en oeuvre dans d’autres endroits du globe. Normalement, la coopération n’a pas lieu entre voisins —sauf dans le cas analogue de la NAFTA—, ni un des coopérants est souvent un géant comme l’UE, ni il s’agit d’une région saupoudrée de conflits qui sont souvent enracinés au cours des siècles.

Que pouvons-nous faire, les ONGs de la Méditerranée? (transparent 13).

1. Impulser le codéveloppement. Les problèmes de la Méditerranée sont communs à tous les pays riverains, puisque tous subissent d’une façon ou d’une autre, leurs conséquences. Ici, "communs" est le mot clé, parce qu’il s’agit de problèmes partagés. C’est dans ce sens que la "Coopération méditerranéenne" va au-delà de l’"aide" ou "assitance" des pays développés vers les pays en voie de développement. Il s’agit d’un véritable codéveloppement, dans lequel bénéfice et aportations proviennent des deux pôles. Dans de nombreux cas, les motivations du nord développé afin de démarrer une telle coopération sont exclusivement égoistes –on impulse le développement économique du sud pour garantir la sécurité du nord-, mais c’est déjà un bon début. Les ONGs méditerranéennes devons montrer que le codéveloppement, le véritable partenariat, est possible.

2. Appuyer un développement soutenable. Stimuler la disparition du divorce existant encore entre environnement et développement au sein des administrations et dans d’autres institutions. Il n’y a pas de véritable développement si celui-ci n’est pas soutenable et il n’y a pas non plus de protection de l’environnement possible si l’on ne recherche pas la voie d’accès au confort de la communauté. Celui-ci doit être l’objectif, guide de la construction d’une Zone de Libre Commerce dans la Méditerranée.

3. Impulser le dialogue civilisationnel. Les ONGs ainsi que leurs réseaux mettent en rapport les sociétés civiles d’États et traditions différentes. Le dialogue entre cultures et le respect envers le fait différenciel constituent les constantes du travail quotidien des ONGs qui nous consacrons à la coopération internationale. Nous sommes un bon exemple de la manière comment doit se construire une Méditerranée plurielle et intégratrice, .

4. Construire la paix. Cette tâche de mise en rapport des sociétés civiles se réalise parfois dans des conditions très adverses, par-dessus, ou par-dessous même, des conflits qui opposent les États. Parmi les ONGs présentes ici aujourd’hui, il y a de bons exemples d’une telle tâche. Il s’agit de notre contribution vers la construction d’une paix durable.

5. Renforcer la société civile et, en particulier, les ONGs du sud et de l’est méditerranéens. Malheureusement, le degré de développement des organisations citoyennes est très inégal dans la Méditerranée. Le tissu associatif des pays en voie de développement est souvent fragile et leur société civile ne possède pas de structure. Une telle situation n’est pas étrangère à la situation politique et aux libertés de chaque État. Tout projet de coopération dans la Méditerranée, outre l’objectif précis de son action, doit renfermer comme objectif parallèle celui de renforcer la capacité des ONGs qui y participent.

6. Démocratization. Le développement soutenable ne peut avoir lieu sans la participation des citoyens, sans une société civile riche. C’est pour cela que les ONGs nationales et aussi les réseaux régionaux d’ONGs devons faire pression sur les gouvernements afin d’obtenir des contextes juridiques permettant de stimuler la participation des citoyens et la création d’associations civiques. Les régimes politiques autoritaires constituent le pire des contextes pour stimuler un développement soutenable.

7. Construire le concept de "Coopération méditerranéenne". Nous devons rappeler que la Méditerranée existe en tant qu’unité, puisqu’on y trouve davantage de points communs que d’élements divergents entre les peuples qui y habitent. Nous sommes le point de contact entre différentes cultures et différents niveaux de développement. Dans le cas où nous réussissons dans notre quête, nous serons parvenus à bâtir un espace de solidarité unique sur la planète, pouvant devenir un modèle universel sur la façon d’affronter le défi du développement pour les pays moins développés et le défi du dialogue entre cultures fondé sur la solidarité. Nos possibles donnateurs doivent savoir que celui-ci est aussi notre objectif lorsque nous demandons des aides économiques pour sauvegarder les phoques moine ou pour créer des emplois pour les jeunes chômeurs habitant les oasis.

 

Bibliografía (citée dans le texte)

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Balta, Paul (1997); «La Mediterranée en tant que zone de conflits», en Afers Internacional nº 37, septiembre, monógrafico sobre Estabilidad y conflictos en el Mediterráneo, CIDOB, Barcelona.

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